Le catalogue en ligne de votre médiathèque

Le catalogue en ligne de votre médiathèque

Chaque année, nous recherchons les livres anciens qui manquent dans le fonds bourbonnais de la médiathèque. Nous parcourons pour cela les catalogues et les sites de libraires d’ancien pour compléter les collections patrimoniales. Il arrive alors que certains titres recherchés réapparaissent sur le marché du livre ancien.

C’est précisément le cas des deux ouvrages présentés ici, proposés lors d’une vente publique à Moulins le 29 septembre 2025. Après un ordre d’achat par mail et quelques formalités administratives, les ouvrages sont venus enrichir le fonds bourbonnais de la Médiathèque Samuel Paty.

Il s’agit de deux albums de gravures particulièrement rares consacrés à Vichy, l’un publié en 1856 et l’autre en 1933.

Vichy, ses sources & ses environs ; dessinés d'après nature par Charles Bour ; lithographiés par par Ch. Bour, Eug. Cicéri et Hub. Clerget. Clermont-Ferrand, Talbot chez Laussedat, [1856], imp. Lemercier à Paris. [29] f. de planches lithographiées : lithographies en noir et blanc ; 45 x 33 cm.
Médiathèque Samuel Paty, fonds bourbonnais, BG-60

Au 19e siècle, Vichy commence à s’affirmer comme une ville thermale à la mode, où les curistes se pressent chaque année plus nombreux. Pour autant, c’est véritablement avec les séjours de Napoléon III entre 1861 et 1866 que la ville, devenue une station impériale, se transforme radicalement. Elle voit la création de parcs impériaux et de grands boulevards, l’installation d’un casino et d’établissements thermaux d’envergure, la construction de chalets et de pavillons… Vichy devient alors une station thermale de renommée nationale.

Publié vers 1856, Vichy, ses sources & ses environs offre un aperçu de la ville avant ces grands aménagements. Il constitue un témoignage sur l’état du Vichy pré-impérial.

L’édition complète contient 47 planches, mais l’exemplaire conservé à la médiathèque n’en réunit que 28. Il est d’ailleurs très rare de rencontrer cet album dans son intégralité : tiré en petit nombre, il a souvent été dissocié et vendu planche par planche. Fait notable, notre exemplaire, bien que plus réduit que celui conservé à la médiathèque de Vichy, contient deux gravures absentes de ce dernier.

Les planches sont l’œuvre de trois lithographes reconnus du 19e siècle : Charles Bour, Eugène Cicéri et Hubert Clerget, d’après des dessins de Charles Bour. Ces trois artistes ont réalisé un grand nombre de vues touristiques et pittoresques au cours de leur carrière. L’impression est confiée à l’Imprimerie Lemercier à Paris, l’un des ateliers lithographiques les plus réputés de son temps, gage d’un tirage de grande qualité.

Les gravures représentent les sources thermales et les premiers aménagements thermaux, mais donnent également à voir des vues du bourg, des environs proches, ainsi que des paysages régionaux. Les albums souvenirs historiques comme celui-ci connaissent un vif succès au 19e siècle, du fait de l’essor du tourisme, de la diffusion de la lithographie et de la culture bourgeoise émergente. Ils séduisent aussi bien les curistes que les amateurs de gravures et les collectionneurs de vues pittoresques. Il est à noter que l’éditeur clermontois Talbot a également diffusé une version adaptée en petit format in-8 des lithographies de cet album.

Voir la notice du document

CONSTANTIN-WEYER, Maurice. Vichy, ville du charme ; illustrations de Paul Devaux. Clermont-Ferrand, Impr. de G. Mont-Louis, (1933). 28 p. non ch., 12 pl. : ill. ; in-fol.
Médiathèque Samuel Paty, fonds bourbonnais, BM-970

Vichy, ville du charme est un ouvrage publié en 1933 à l’occasion de la venue du président de la République Albert Lebrun à Vichy pour l’inauguration des Bains Callou. Il s’agit d’une édition très rare : en dehors de l’exemplaire unique offert au Président et les 10 exemplaires hors commerce, seuls 200 exemplaires sur vélin d’Arches ont été tirés. La médiathèque conserve l’exemplaire n°32.

La préface de l’ouvrage est signée Maurice Constantin-Weyer. Né en 1881 à Bourbonne-les-Bains (Haute-Marne), celui-ci est romancier (auteur de nombreux romans d’aventures), biographe et essayiste, lauréat du prix Goncourt en 1928. Il épouse en 1920 à Vichy Germaine Weyer, cousine de Valery Larbaud. Après avoir travaillé à Nevers, Poitiers et Orléans, il s’installe définitivement à Vichy en 1939. Il consacre même en 1947 un ouvrage à l’histoire de la ville : Vichy et son histoire des origines à nos jours. Il meurt à Vichy en 1964.

Dans sa préface, imprimée en imitation d’une écriture manuscrite, il loue les charmes et l’art de vivre de Vichy. Thermes, parcs, casino, théâtre, danse, courses hippiques : Vichy offre toutes les activités prisées par un homme cultivé et raffiné de son époque, à l’image du Président ! Les eaux thermales occupent bien évidemment une place centrale dans son propos, tant leur rôle apparaît essentiel selon Constantin-Weyer dans le contexte des années 1930 : « Or, combien de ces malades le sont parce que notre vie moderne est trop intense, trop fiévreuse, trop trépidante ? »

L’ouvrage se poursuit par 12 planches gravées illustrant les lieux évoqués dans la préface. A la réception de l’ouvrage, nous avons toutefois eu la déconvenue de constater l’absence d’une planche : celle représentant la source des Célestins !

Les gravures sont l’œuvre de Paul Devaux. Né à Bellerive-sur-Allier, alors appelée Vesse, le 28 mai 1894, Devaux travaille d'abord chez un architecte, puis devient dessinateur lithographe à l'imprimerie Montlouis, à Clermont-Ferrand. Blessé pendant la Première Guerre mondiale, il passe sa convalescence à Dijon, dessine la ville et en tire son premier album, Le vieux Dijon (1928), créant avec un canif des bois gravés qu’il imprimera ensuite. Très attaché à sa province natale, il va surtout dessiner les paysages et les rues et monuments du Bourbonnais mais aussi Moulins et Vichy où il habitait.

Il va également illustrer les textes de ses contemporains avec Allen de Valéry Larbaud, La forêt, Tronçais en Bourbonnais de Jacques Chevalier, Les hommes de la route d’André Chamson ou l’Ame du vin de Maurice Constantin-Weyer. Connu surtout comme graveur sur bois, il a également pratiqué le dessin à la plume, l'aquarelle, le pastel et a travaillé pour la presse et la publicité. Il a créé une revue éphémère, L'Élan, et une maison d'édition, les éditions d'art de l'Elan, brièvement remplacées par les éditions du Cerf-volant, fondées avec son ami André Gervais pour publier Deux contes bourbonnais. Souvent éditées à peu d'exemplaires, certaines de ses publications sont fort rares. Il meurt à Vichy en mars 1949.

En 1948, Maurice Constantin-Weyer et Paul Devaux fondent, aux côtés d’autres artistes et intellectuels bourbonnais, l'Académie du Vernet, une société littéraire et culturelle qui est toujours active aujourd’hui. Chaque année, elle organise le Salon de peinture et de sculpture françaises de la ville de Vichy.

Voir la notice du document