La gravure sur cuivre (ou taille-douce) s'impose dans le livre au cours du 16e siècle. Même si elle exige l'emploi d'une presse distincte de la presse typographique, elle séduit par la finesse et la précision qu'elle permet d'atteindre.
La gravure sur cuivre
La taille-douce est une technique de gravure en creux réalisée sur une plaque de métal : le plus souvent en cuivre, mais également en zinc ou en laiton parfois.
Les procédés de gravure en taille-douce se divisent en deux catégories :
- la taille directe, lorsque l'artisan grave directement la plaque de métal : c'est le cas de la gravure au burin ou à la pointe sèche ;
- la taille indirecte, lorsque la gravure résulte de la morsure d'un acide : c'est le cas de l'eau-forte.
La taille-douce s'oppose à la taille d'épargne. Dans la taille-douce, l'image est réalisée en creux, sans tailles franches, tandis que dans la taille d'épargne, comme la gravure sur bois, l'image à imprimer est laissée en relief, ce qui nécessite de retirer le reste du bois.
Les premières planches gravées sur cuivre apparaissent dans les livres imprimés au cours des années 1470, mais c'est au 16e siècle que la taille-douce conquiert véritablement l'imprimé. Les techniques de la taille-douce ont été progressivement perfectionnées afin de produire des images de plus en plus complexes avec des couleurs, des rendus et des effets spécifiques.
La taille directe : le burin, la pointe sèche, la manière noire...
Dans le procédé de taille directe, le graveur commence par préparer sa plaque, puis y trace son dessin directement au burin. Le burin sert à tracer les lignes principales dans un premier temps, puis les petits traits destinés à donner des demi-teintes. Il peut également utiliser une pointe sèche, qui lui permet de griffer et de rayer le métal. Contrairement au burin, la pointe sèche ne retire pas de métal : elle le repousse et le soulève pour former des petites bavures appelées "barbes" qui donnent aux lignes un aspect velouté.
Le graveur peut également utiliser une variante de la taille directe, la manière noire. A l'aide d'un outil appelé berceau, il travaille sa plaque pour la rendre rugueuse, puis il polit ensuite certaines zones. Les zones qui restent rugueuses retiennent l'encre et apparaissent donc noires à l'impression, tandis que les zones polies sont grisées voire blanches suivant l'intensité du polissage. Ce procédé permet d'obtenir des dégradés extrêmement subtils.
Une fois la gravure terminée, la plaque est encrée à l'aide d'un tampon puis essuyée. L'encre demeure dans les creux, mais disparaît en surface. La plaque est ensuite passée sous une presse à taille-douce avec une forte pression qui permet au papier (préalablement humidifié) de pénétrer dans les creux et d'en retirer l'encre.
On obtient ainsi une image d'une grande finesse, caractérisée par des traits délicats, des nuances subtiles et une précision impossible à atteindre avec les techniques d'impressions en relief.
La taille indirecte : l'eau-forte
L'eau-forte est elle aussi une technique de gravure en taille-douce, mais avec un principe original : le métal n'est pas incisé avec un outil, il est creusé par l'action d'un acide (aussi appelé "mordant"). C'est pourquoi on parle de taille indirecte.
Comment cela se passe-t-il en pratique ? Au préalable, il faut recouvrir une plaque de métal d'un vernis à graver. L'artiste dessine ensuite son motif sur la plaque grâce à une pointe : en passant son outil sur la plaque, il retire le vernis et fait ainsi apparaître à certains endroits le métal. La plaque est ensuite plongée dans un bain d'acide qui "mord" les zones à découvert et laisse intactes les zones encore protégées par le vernis. La plaque est ensuite rincée, nettoyée (pour retirer le vernis) et encrée, puis prête à passer sous presse.
La technique de l'eau-forte existe depuis le Moyen Âge, mais elle connaît une grande transformation au 17e siècle grâce aux innovations de Jacques Callot. Abraham Bosse est le premier à publier en 1645 un manuel technique de gravure, réédité et traduit en une dizaine de langues jusqu’au 19e siècle et même aujourd’hui en japonais : Traicté des manieres de graver en taille douce sur l'airin. Par le Moyen des Eauxs Fortes, & des Vernix Durs & Mols. Il y détaille toutes les étapes de la gravure en taille-douce, depuis la préparation du matériel (vernis, eau forte, planche de cuivre…), jusqu’à la manière d’imprimer la planche sous presse, en passant par l’application et le séchage du vernis, la préparation du dessin, l’application de l’eau forte, le retrait du vernis. Le tout est accompagné de conseils pour le maniement de l’aiguille et du burin, et de 16 planches gravées, elles-mêmes réalisées en taille douce.
Au 19e siècle, quoique concurrencée par la lithographie, l'eau-forte fait l’objet d'une remarquable renaissance, en grande partie grâce aux sociétés d'aquafortistes. Surnommée la "gravure des peintres", l'eau-forte a l'avantage d'être plus simple à maîtriser que la gravure au burin et de permettre une plus grande rapidité d'exécution, ce qui a su séduire au 19e comme au 20e siècle des grands noms de la peinture tels que Pissarro, Degas, Renouard, Matisse ou encore Picasso.
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La gravure sur cuivre dans les ouvrages numérisés
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