L'histoire de la bibliothèque a été retracée par Sofia Hallal, étudiante en Master 2 "Cultures de l'écrit et de l'image" à l'école nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (Enssib), dans le cadre de son stage de fin d’études à la Médiathèque Samuel Paty entre mars et août 2024.
Les débuts
La bibliothèque de Moulins se forme d’abord par le dépôt littéraire. Le 29 germinal an III (le 18 avril 1795 avec le calendrier grégorien), une correspondance expédiée par Batissier, prêtre assermenté (1748-1807), et Tassin en charge de la surveillance du dépôt, atteste que celui-ci est ouvert et qu’il attire des lecteurs :
Source : AM Moulins 3R81, Lettre de Batissier et Tassin le 29 germinal an III (18 avril 1795), au citoyen agent national du district de Moulins.
La majorité du fonds de ce dépôt provient des couvents de Moulins et alentours, formant ainsi un dépôt de 15 000 volumes. 6 000 volumes concernent la théologie ; 1 000 la jurisprudence ; 2 450 les Sciences et les Arts ; 2 560 les Belles-Lettres et 2 800 volumes l’histoire.
Le fonds est entreposé dans la chapelle Sainte-Claire avec les objets d’art, dont fait partie la Bible de Souvigny, sous la responsabilité de Claude-Henri Dufour (1766-1845). Ce dernier prend la place de Batissier et déplore l’exiguïté des lieux pour conserver un tel fonds. Il propose de fusionner le dépôt avec l’école de dessin et le musée mais sa proposition n’aboutit pas. Même si une attention est portée à la conservation des livres, aucun catalogue n’a vraiment été publié. Le maire décide de nommer comme adjoint Desmorillons, membre du conseil municipal et riche propriétaire, pour élaborer ce catalogue demandé par la capitale. Dans les mémoires laissés par Dufour, celui-ci ne l’apprécie guère. Dufour est par ailleurs accusé de vente illégale. Troublé par ces calomnies, il décide de se démettre de ses fonctions. Les premiers catalogues apparaissent ainsi sous le mandat de Desmorillons. Après Desmorillons, l’abbé Mercier originaire d’Auvergne prend la place de bibliothécaire. Avant sa mort, Desmorillons effectue les travaux préparatoires, à la demande du Ministère de l’Intérieur. Ci-dessous, un catalogue succinct datant de 1812 conservé aux Archives Municipales :


Le déplacement du fonds littéraire dans l'Hôtel de ville
À partir des années 1820, en raison d’un manque de place, la municipalité achète toutes les maisons installées à l’actuelle place de l’Hôtel de Ville, malgré les réticences de certains particuliers. Dans le même temps, on intègre la bibliothèque à l’Hôtel de Ville. Celle-ci ouvre avant la fin de la construction de l’Hôtel de Ville. L’architecte chargé de ces travaux est François Agnéty (1793-1845).
Nous pouvons encore apercevoir sur la façade de l’Hôtel de Ville l’inscription “Bibliothèque publique” en passant par la rue Voltaire. Le plan a été repris dans l’ouvrage de Gourlier Choix d’édifices publics projetés et construits en France depuis le commencement du siècle, en collaboration avec Biet, Grillon et Tardieu, Paris, 1845 à 1850, 3 vol., p. 229.

Auguste Ripoud ou l'ardeur et le zèle du bibliophile
Auguste Ripoud (1777-1864) d’abord militaire de carrière, revenu à Moulins, sa ville natale, et investi dans le conseil municipal, est nommé officiellement bibliothécaire en 1829, même s’il occupe déjà de manière officieuse le poste. Toutes les correspondances laissées traduisent l’investissement plein et entier de ce bibliothécaire en comparaison de ses prédécesseurs. Il constate de nombreuses erreurs de notation dans les premiers catalogues. Il sépare ainsi les ouvrages donnés par l’État d’une lettre “D” et les ouvrages achetés par la Ville, par la lettre “A”. Il signale aussi au maire que la priorité est de finaliser les catalogues pour les sections “Sciences et arts”; “Belles-Lettres” et Histoire”. La “jurisprudence” et la “théologie” passent au second plan.
Rapidement, l’État s’intéresse à la Bible de Souvigny, conservée à Moulins. En raison de son caractère rare et précieux et de sa reliure richement ornée, la Bibliothèque du Roi souhaite l’acquérir. La Ville de Moulins accepte à condition d’un échange pour des livres plus modernes. Mais l’État propose d’acheter cette Bible pour une valeur de trois mille francs, et n’accepte pas d’effectuer d’échange. La Ville, ayant compris la chance de pouvoir posséder un tel ouvrage, décide de décliner l’offre. Ainsi, la Bible de Souvigny est-elle l’objet qui attire tous les lecteurs curieux. Auguste Ripoud signale dans une lettre que beaucoup d’étrangers viennent à la bibliothèque essentiellement pour voir la Bible, qui est à ce moment-là exposée, ouverte et sans protection.
Après Ripoud en 1838, le personnel des bibliothèques est souvent issu des promotions de l’École des chartes, dont Laguérenne (1781-1863), conservateur de la bibliothèque en novembre 1839, qui finalise le catalogue sur la théologie et la jurisprudence, et Georges Fanjoux (1822-1884) qui contribue à la revue du Bulletin de la Société d’Émulation de l’Allier.
L'arrivée de Jean-Baptiste Conny
Fanjoux ne reste qu’une année en tant que bibliothécaire et Jean-Baptiste Conny (1823-1879) candidate pour le poste. Il est également issu de l’École des chartes. Il est d’abord nommé bibliothécaire archiviste par intérim en décembre 1850, puis à plein temps en janvier 1851. Quand Laguérenne meurt en 1863, Conny candidate pour le poste de conservateur, mais celui-ci lui est refusé ; lui est préféré Charles Philippe Albert de Bure (1822-1904), qui reste jusqu’en 1877.
La bibliothèque sous l'Occupation
Les bibliothèques ont été touchées par l’Occupation allemande à partir de 1940, plus particulièrement le marché du livre avec l’établissement de la liste Otto. Cette liste censure tous les ouvrages contraires au IIIe Reich allemand et à sa politique d’expansion.
Concernant la bibliothèque de Moulins, celle-ci ne semble pas avoir été lourdement réprimée par les autorités allemandes, à l’exception d’un emprunt forcé de deux cartes d’État-major par deux officiers allemands. Celles-ci auraient été laissées à Lapalisse, mais elles n’ont pas pu être retrouvées. Le bibliothécaire d’alors, Monsieur Rigal, donne un résumé de l’existence de la bibliothèque à cette période suite à une demande de Jacqueline Humbert, bibliothécaire en 1962, qui le sollicite pour une étude menée par le Comité d’Histoire de la Deuxième Guerre mondiale. Il répond à la lettre dans un questionnaire préparé par le Comité dont voici un extrait :
Le fonctionnement de la bibliothèque
Le fonctionnement de la bibliothèque a connu une évolution avant la mise en place de l’organisation que nous connaissons aujourd’hui. En effet, concernant le prêt de livres, celui-ci est au départ strictement interdit. Au fil des années, il est autorisé d’abord pour les habitants de Moulins, puis élargi à d’autres communes limitrophes.
Quelques dons de livres
La bibliothèque a reçu divers dons de livres depuis son installation à l’Hôtel de Ville jusqu’au début du 20e siècle. Un des principaux donateurs de la bibliothèque est l’État, pour enrichir les collections de la bibliothèque de livres utiles pour l’éducation et adaptés aux besoins et aux intérêts des Moulinois au XIXe siècle ; mais aussi dans des circonstances plus politiques : les dons en hommage à l’empereur sont nombreux sous le Second Empire
A côté de l’État, il y a les dons particuliers comme celui de Laussedat (1879-1880), composé d’un catalogue d’ouvrages de médecine et de pièces anatomiques pour l’école de dessin ; de Gaspard Belin-Dollet qui lègue à son décès en 1902 une collection importante de livres sur les beaux-arts. Les archives signalent également le don de Jules David, petit-fils du peintre Jacques-Louis David, célèbre peintre du Sacre de Napoléon, d’une biographie de son grand-père (ce livre est actuellement conservé dans le fonds ancien sous la cote 27917).
La construction de la nouvelle bibliothèque
A partir des années 1950-1960, les locaux de la bibliothèque se dégradent ; elle n’est plus adaptée pour accueillir un public qui augmente progressivement. On envisage dans les années 1960 d’installer la bibliothèque à la Trésorerie générale dans l’Avenue Victor Hugo, près de l’actuelle Place de Verdun, mais le projet est abandonné. L’idée revient dans les années 1970, mais cette fois-ci, il est envisagé de construire un bâtiment complètement nouveau. Le meilleur endroit était sur l’actuelle place du Maréchal de Lattre de Tassigny, lieu catalyseur de la ville avec le marché, la gare routière à proximité, la salle des fêtes. La nouvelle bibliothèque ouvre dès 1976 avec sa discothèque à l’étage, son hall d’exposition, l’auditorium. Les archives conservent les courriers de diverses associations et sociétés savantes qui y tiennent des expositions, des conférences.
Le rayonnement de la nouvelle bibliothèque étant intercommunal dès les premières années de son activité, la création de la Communauté d’agglomération de Moulins en 2001 va conduire à envisager le transfert de la bibliothèque devenue médiathèque à l’agglomération. Celui-ci a lieu au 1er janvier 2010, dans le cadre d’un projet de complète restructuration. Fermés au public du 31 décembre 2009 au 18 octobre 2013, les services et collections sont déplacés dans des locaux provisoires (l’ancienne usine Bally, rue des Garceaux à Moulins) où sont notamment conduits de nombreux chantiers relatifs aux collections patrimoniales : rétroconversion des catalogues anciens, inventaire et catalogage du fonds Sanvoisin, numérisation des manuscrits, restauration du piano Erard…
La médiathèque rénovée ouvre ses portes au public le 19 octobre 2013. Elle prend le nom de Samuel Paty par délibération du conseil communautaire N°C.20.176 en séance du 10 décembre 2020. La cérémonie officielle de changement de nom, en hommage au professeur martyr, a lieu le 4 décembre 2021.
La Médiathèque de Lurcy-Lévis a quant à elle été créée en 2007 par la Communauté de communes du Pays de Lévis en bocage bourbonnais. Cette intercommunalité ayant fusionné avec Moulins Communauté au 1er janvier 2017, sa médiathèque est devenue une antenne de la médiathèque communautaire située à Moulins.




