Le catalogue en ligne de votre médiathèque

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La Médiathèque Samuel Paty vous a proposé ces dernières années de découvrir successivement la gravure sur bois, la gravure sur cuivre et la lithographie. C'est au tour de la technique de l'eau-forte d'être présentée ce mois-ci. L'eau-forte est en réalité un procédé de gravure en taille-douce (comme la gravure sur cuivre), mais avec une différence majeure : c'est un procédé de taille dite indirecte. Contrairement aux autres procédés de taille douce qui sont exécutés à l'aide d'un outil de taille tel que le burin, l'eau-forte n'est pas exécutée grâce à un outil mais grâce à un acide ! C'est l'application d'un acide (appelé aussi "mordant") sur une plaque métallique qui va permettre de creuser le métal.

Comment cela se passe-t-il en pratique ? Au préalable, il faut recouvrir une plaque de métal d'un vernis à graver. L'artiste dessine ensuite son motif sur la plaque grâce à une pointe : en passant son outil sur la plaque, il retire le vernis et fait ainsi apparaître à certains endroits le métal. La plaque est ensuite plongée dans un bain d'acide qui "mord" les zones à découvert et laisse intactes les zones encore protégées par le vernis. La plaque est ensuite rincée, nettoyée (pour retirer le vernis) et encrée, puis prête à passer sous presse.

La technique de l'eau-forte existe depuis le Moyen Âge, mais elle connaît une grande transformation au 17e siècle grâce aux innovations de Jacques Callot. Concurrencée par la lithographie au 19e siècle, elle fait tout de même l'objet au cours du siècle d'une remarquable renaissance, en grande partie grâce aux sociétés d'aquafortistes. Surnommée la "gravure des peintres", l'eau-forte a l'avantage d'être plus simple à maîtriser que la gravure au burin et de permettre une plus grande rapidité d'exécution, ce qui a su séduire au 19e comme au 20e siècle des grands noms de la peinture tels que Pissarro, Degas, Renouard, Matisse ou encore Picasso.

Cours d'aqua-forte à l'usage des artistes et des amateurs, par A. Numans.- Bruxelles : A. N. Lebègue, (s. d.).- In-4°, 42 p., pl., texte encadré, couv. ill.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote 31315
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Dès les premières lignes de ce petit manuel très court (seulement 40 pages !) réalisé à la fin du 19e siècle, l'auteur Auguste Numans résume l'objectif de son projet en quelques mots : "au moyen de notre petit traité, toute personne quelconque pourra parvenir à graver chez elle, sans aucun conseil, sans le secours d'aucun professeur". Pour cela, il propose cinq chapitres consacrés respectivement aux instruments et objets nécessaires, aux différentes étapes de la gravure à l'eau-forte, puis à diverses variantes de cette technique dans les trois derniers chapitres. L'eau-forte se pratique en effet le plus souvent avec un vernis dur et une plaque de cuivre, mais il est également possible d'utiliser un vernis mou ou encore une plaque de zinc ou d'acier ; l'auteur aborde donc également ces techniques légèrement différentes.

L'ouvrage se veut tout particulièrement didactique et pédagogique, et il est pour cette raison évidemment illustré. Y figurent sept gravures (à l'eau-forte, bien entendu !) qui ont toutes été réalisées par l'auteur lui-même. Auguste Numans désire montrer au mieux comment obtenir le rendu souhaité à l'eau-forte, répondre aux questions fréquentes et expliquer comment éviter ou rectifier des problèmes courants. Il explique ainsi comment savoir si une eau-forte a suffisamment trempé dans l'acide, comment faire disparaitre des taches, et même comment rattraper une planche manquée !

Peintre, aquarelliste, aquafortiste et graveur bruxellois, Auguste Numans a été l'un des fondateurs de l'éphémère Cercle des Aquarellistes et des Aquafortistes de Bruxelles, qui a été en activité de 1883 à 1884. La publication de ce traité est une manière de défendre cette technique ancienne, chère à Auguste Numans, à une époque où une technique comme la lithographie connaît un immense succès.

Cet ouvrage a été donné à la bibliothèque de Moulins en 1902 par Gaspard Belin-Dollet, graveur à l’eau-forte originaire de l’Allier. Il a été numérisé en 2022 par la Médiathèque Samuel Paty.

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La Nature chez elle, par Théophile Gautier. Eaux-fortes de Karl Bodmer. - Paris : impr. de l'"Illustration", 1870.- In-fol., 139 p., fig.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote R-FOL-31436
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Si l'on connaît surtout l'auteur français Théophile Gautier pour ses œuvres romanesques (Le Capitaine Fracasse, Le Roman de la momie), poétiques (Émaux et camées) et ses nouvelles fantastiques (La Cafetière), on mentionne bien plus rarement l'œuvre que la Médiathèque Samuel Paty propose ici.

La Nature chez elle est une œuvre particulièrement inclassable au sein de sa production littéraire : la nature et les animaux y sont les seuls personnages. Publiée du vivant de Théophile Gautier, elle a la particularité d'avoir été conçue en étroite collaboration avec l'artiste Karl Bodmer. Théophile Gautier a composé le texte tandis que Karl Bodmer a réalisé les 39 illustrations (dont 13 hors-texte) qui en jalonnent les pages.

Ses gravures réalisées à l'eau-forte donnent à voir la nature dans ce qu'elle a de plus sauvage et de plus insouciant, et finalement montrent ce qu'elle a la liberté d'être lorsque les hommes s'en tiennent à l'écart : on peut y voir une araignée qui tisse sa toile, des marcassins qui jouent ensemble sous la pluie, un cerf paisible à l'entrée d'une clairière, des canards qui se laisser porter par l'eau…

Le rendu des gravures de Karl Bodmer est presque photographique, grâce à sa maîtrise de la technique de l'eau-forte. Il n'est pas étonnant que Théophile Gautier, qui a manifesté dès le plus jeune âge un intérêt pour le dessin et la peinture, qui a été critique d'art et qui pratiquait la photographie à la fin de sa vie, ait imaginé ce projet littéraire et l'ait réalisé en collaboration avec Karl Bodmer.

Peintre, dessinateur, graveur et photographe suisse naturalité français, Karl Bodmer est notamment connu pour les dessins et aquarelles de tribus amérindiennes qu'il réalise entre 1832 et 1834 à l'occasion d'une expédition ethnographique organisée par le prince Maximilien de Wied dans le Missouri, mais c'est en réalité un paysagiste dans l'âme. En 1849, il s'installe à Barbizon et se rapproche de l'école du même nom, qui regroupe une génération de peintres paysagistes établis autour du village de Barbizon et de la forêt de Fontainebleau. Il réalise jusqu'à la fin de sa vie un grand nombre d'eaux fortes mettant en scène la nature et les animaux d'une façon particulièrement réaliste.

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Les grandes misères de la guerre / Jacques Callot.- Paris : Israel Henriet, 1633.- 18 est. ; eau-forte.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote R-4-31398
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Jacques Callot est l'un des plus grands noms de l'eau-forte, aussi bien pour ses réalisations que pour ses innovations qui ont permis l'essor de la technique de l'eau-forte : il développe et démocratise ainsi l'utilisation du vernis dur, qui est plus exigeante techniquement que celle du vernis mou, mais qui permet des tracés plus nets.

Ce dessinateur et graveur lorrain a réalisé plusieurs œuvres spectaculaires, dont la série des Grandes misères de la guerre, composée de 18 eaux-fortes. Cette œuvre (dont le titre exact est Les Misères et les Malheurs de la guerre) est la plus admirée et recherchée de Callot et est considérée comme un chef d'œuvre de la gravure. Elle succède à une autre série intitulée Les Petites Misères de la guerre.

La conception des Misères de la guerre a lieu dans le contexte historique de la guerre de Trente Ans qui ravage alors l'Europe depuis 1618. Jacques Callot a alors à cœur de décrire et de représenter le dur quotidien des soldats, mais également les malheurs occasionnés par la guerre lorsque les chefs n'arrivent plus à faire régner la discipline chez les soldats.

Les scènes gravées donnent à voir différentes scènes de guerre, présentées presque successivement : les deux premières représentent l'enrôlement des troupes et la bataille, qui laissent place dans les suivantes à des scènes bien moins glorieuses où des soldats se livrent à une maraude, au pillage d'une ferme, à la dévastation d'un monastère, au pillage et à l'incendie d'un village, ainsi qu'à des vols sur les grandes routes. Les planches qui suivent encore représentent la découverte des malfaiteurs, puis exposent les différents sévices auxquels les uns et les autres sont soumis : l'estrapade, la pendaison, l'arquebusade, le bûcher, la roue… Quelques malheureux réussissent à s'échapper, mais ils sont condamnés à séjourner à l'hôpital, à demander l'aumône ou à affronter la colère de paysans prêts à se venger. La dernière planche vient contraster avec les précédentes : un prince, assis sur son trône, fait distribuer des récompenses aux soldats s'étant bien comportés à la guerre. Chaque planche gravée est accompagnée de vers attribués à l'abbé de Marolles.

Cet ouvrage a été donné à la bibliothèque de Moulins en 1902 par Gaspard Belin-Dollet, graveur à l’eau-forte originaire de l’Allier.

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