Le catalogue en ligne de votre médiathèque

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Retrouvez dans cet article toutes les vitrines de 2023 !

Pour l'année 2023, l'équipe patrimoniale vous propose une rétrospective chronologique du livre imprimé débutant au 15e siècle et allant jusqu'au 20e siècle. Chaque mois, venez découvrir dans nos vitrines deux ouvrages du fonds patrimonial dont nous tournerons les pages de semaine en semaine.

Les vitrines se sont temporairement arrêtées entre septembre 2023 et janvier 2024, car le mobilier a servi pendant l'exposition Secrets de la Renaissance (16 septembre 2023-7 janvier 2024). Elles ont repris en 2024.

Nous ouvrons ce premier chapitre avec deux incunables emblématiques présents dans nos fonds : Le Propriétaire des choses (1482) et le livre des chroniques communément appelé Chroniques de Nuremberg (1493). Ces deux livres datant des premiers temps de l'imprimerie comportent tous deux des gravures sur bois pleines de détails que vous pouvez observer dès à présent à la médiathèque. Certaines bibliothèques conservent même des exemplaires de ces ouvrages dont les illustrations ont été peintes à la main après impression.

À venir découvrir du 13 janvier au 4 février dans les vitrines situées à l'entrée de la Médiathèque Samuel Paty. Pour les ouvrages de la première moitié du 16e siècle, rendez-vous le 7 février.

Petit point de définition

Un incunable (du latin incunabula signifiant "berceau", "enfance") est un livre datant des tous premiers temps de l'imprimerie, vers 1450 : tout livre imprimé avant le 1er janvier 1501 est un incunable. Encore très inspiré du livre manuscrit, l'incunable en reproduit certains codes esthétiques et formels. Ce n'est qu'au 16e siècle que le livre imprimé prend plus nettement son indépendance : ce sera l'objet d'une prochaine présentation. La gravure sur bois représente le moyen d'illustration le plus pratique puisque le procédé en relief permet l'impression du texte et de l'image en même temps.

Liber chronicarum = livre des chroniques par Hartmann Schedel ; illustré par Michel Wohlgemuth et Wilhelm Pleydenwurff. - Achevé d’imprimer à Nuremberg par Anton Koberger pour Sebald Schreyer et Sebastian Kammermeister, le 12 juin 1493. In-folio.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, INC-FOL-28383

Ce livre des chroniques, plus communément appelé Chroniques de Nuremberg, est une histoire illustrée du monde depuis sa création jusque dans les années 1490. Ces chroniques ont été compilées par Hartmann Schedel, médecin et humaniste allemand, né en 1440 et mort en 1514.

C’est sans doute le plus connu et le plus diffusé des incunables. Il a été imprimé par Anton Koberger en 1493 en deux éditions, l’une en latin, l’autre en allemand.

Orfèvre et véritable entrepreneur, Koberger possède un bloc de maisons à Nuremberg. Il se lance très tôt dans l’imprimerie typographique et réunira dans ses locaux toutes les activités relatives au livre : papeterie, imprimerie, reliure et librairie. Koberger fait fonctionner jusqu’à 24 presses, emploie une centaine d’ouvriers et publie au total plus de 250 éditions. Sa richesse lui permet de travailler en association avec d’autres grands ateliers à Nuremberg ou en Allemagne du Sud.

C’est le cas pour cet ouvrage puisque les illustrations gravées sur bois sont sorties de l’atelier d’un des plus grands artistes de son temps : Michael Wohlgemuth, peintre et graveur, maître d'Albrecht Dürer en peinture, gravure sur bois et sur cuivre, associé à Wilhelm Pleydenwurff, son gendre, également graveur, qui a participé à l'illustration des Chroniques.

L’ensemble du livre comprend 1809 gravures, tirées de 645 plaques de bois gravées : il y a donc 1164 répétitions. La qualité des illustrations a beaucoup contribué à la conservation de ce livre magnifique, imprimé environ à 1500 exemplaires, dont 800 existent encore et que l’on voit apparaître de temps en temps sur les catalogues des libraires ou dans les ventes aux enchères.

La mise en page est très novatrice par rapport à la tradition manuscrite : le texte est sur une seule colonne, l’ensemble est aéré avec de belles initiales gravées en tête des chapitres, les titres courants et les numéros de folios sont imprimés.

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[De Proprietatibus rerum. Fr. :] Le Propriétaire des choses / Anglicus Bartholomaeus ; trad. Jean Corbichon ; ed. Pierre Farget. - Lyon : Matthias Huss, 12 XI 1482. - ill. ; in-folio.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, INC-4-28371

Composé par le frère franciscain Barthélémy l'Anglais aux alentours de 1240 à Magdebourg, le Propriétaire des choses est un imposant recueil encyclopédique. Les 19 livres qui le constituent traitent aussi bien de l'histoire biblique, que de la géographie, la médecine, l'astronomie, la faune et la flore, les minéraux et pierres précieuses, l'arithmétique, la musique, ou encore des couleurs, saveurs et aliments. Considéré comme l’un des premiers ouvrages de vulgarisation scientifique, le Propriétaire des choses se distingue par son exhaustivité et son organisation cohérente. Il s’impose comme l’une des encyclopédies les plus importantes entre le 13e et le 15e siècle et est abondamment reproduit : on dénombre plus de 200 manuscrits et plus de 50 éditions imprimées entre 1470 et 1609.

L’ouvrage est initialement composé en latin, mais connaît ensuite des traductions en français, en anglais, en italien, en espagnol, en néerlandais… La première édition en langue française est celle que Jean Corbichon, chanoine augustin des 14e et 15e siècles, présente au roi de France Charles V en 1372. Il faut ensuite attendre 1482 pour qu’une édition française imprimée voie le jour grâce à l’imprimeur lyonnais Matthias Huss : l’exemplaire présenté ici appartient à cette première édition.

La mise en page de l’édition, bien que simple, est plutôt soignée. Le texte est composé à l’aide de caractères gothiques et est réparti sur 46 lignes disposées en deux colonnes. Sur le haut de la page, sont imprimés les titres courants. Des espaces sont laissés au début de chaque paragraphe afin que les initiales soient ensuite dessinées à la main, à la manière de celles des manuscrits.

L’édition réalisée par Matthias Huss comporte en outre 20 gravures sur bois : une au début de l’ouvrage représentant Jean Corbichon remettant sa traduction à Charles, puis dix-neuf autres ouvrant chacun des dix-neuf livres et présentant leur contenu. Les bois gravés ont été réalisés spécialement pour cette édition et composent un cycle illustré plutôt original. Ils s’inscrivent dans le style lyonnais de l’époque : « Le trait est épuré, les personnages figés, le jeu des ombres est quasiment inexistant, le décor est souvent très simple sans perspective ni profondeur » (KRUMENACKER Jean-Benoît, « Les gravures lyonnaises du De proprietatibus rerum et leur influence en Europe », Gryphe, n°26, novembre 2016, p. 10-15). De nombreuses éditions incunables postérieures s’inspirent encore des illustrations de l’édition de Matthias Huss et les reproduisent plus ou moins habilement. Ce n’est qu’au 16e siècle que les connaissances du Propriétaire des choses commencent à devenir obsolètes, soit après presque 300 ans d’existence.

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La rétrospective chronologique du livre imprimé continue à la Médiathèque Samuel Paty! Comme le mois dernier, venez contempler dans nos vitrines des ouvrages du fonds patrimonial dont nous tournerons les pages de semaine en semaine.

Après les incunables, nous vous proposons d'avancer dans le temps et de (re)découvrir ce mois-ci quelques livres imprimés de la première moitié du 16e siècle. Pour ce deuxième chapitre, nous avons sélectionné pas moins de quatre ouvrages issus de nos fonds : une édition des Métamorphoses d’Apulée (1512), une édition des œuvres de Virgile (1517), un traité de géométrie d’Albrecht Dürer (1535) et les Reigles générales de l'architecture de Sebastiano Serlio (1542).

Et si vous voulez tourner vous-même les pages des Reigles générales de l'architecture, rendez-vous sur cette page de notre site internet où l'intégralité de l'exemplaire est numérisé et accessible librement : 

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À venir découvrir du 7 février au 4 mars dans les vitrines situées à l'entrée de la Médiathèque Samuel Paty. Pour les ouvrages de la deuxième moitié du 16e siècle, rendez-vous le 7 mars.

Point d'histoire

Dans la première partie du 16e siècle, le livre imprimé n’est plus un incunable. Il a déjà eu l’occasion de connaître une première maturité et de s’émanciper du livre manuscrit et de l’incunable en proposant de nouveaux codes esthétiques et formels. Les livres se dotent d’une page de titre, abandonnent progressivement la typographie gothique, adoptent une mise en page plus aérée, proposent des gravures sur bois et sur cuivre plus raffinées… Pour autant, la rupture avec les codes du manuscrit demeure incomplète : certaines pratiques se perpétuent encore, c’est pourquoi certains historiens proposent de parler de « post-incunables » pour les livres du 16e siècle édités jusque dans les années 1530 et 1540.

Accipe candidissime lector in asinum aurem Lucii Apulei commentaria. – Imprimé à Paris par Jean Philippe pour Ludwig Hornken et Gottfried Hittorp, 1512. - [20]-CCVI-[1] f. ; in-folio
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote R-FOL-28361

Sous le titre Accipe candidissime lector in asinum aurem Lucii Apulei commentaria, se cache une édition latine des Métamorphoses d’Apulée, œuvre également appelée L’Âne d’or. Composé au IIe siècle par l’auteur antique Apulée (vers 125 ap. J.-C.-vers 170 ap. J.-C.), le roman raconte les déboires d’un héros prénommé Lucius qui a été transformé en âne par sa maîtresse et qui doit manger des roses pour retrouver forme humaine.

Redécouvert au 14e siècle, L’Âne d’or est recopié et réédité à plusieurs reprises et connaît un grand succès. La particularité de l’édition présentée ici est la présence de gloses (c’est-à-dire de notes en marge du texte pour en éclairer les passages obscurs) qui peuvent parfois se montrer envahissantes au point de ne plus laisser guère de place au texte. Cela est d’autant plus frappant que l’édition ne comporte aucune illustration.

L’édition imprimée par Jean Philippe pour Ludwig Hornken et Gottfried Hittorp est particulièrement représentative de la production livresque du début du 16e siècle, en particulier du fait de sa page de titre. Si la page de titre nous paraît incontournable aujourd’hui, elle n’a pas toujours été présente au sein du livre imprimé : elle s’est développée progressivement à partir de la naissance de l’imprimerie. La page de titre de l’édition présente est intéressante parce qu’elle est partagée entre les pratiques de la période incunable et les pratiques plus modernes du 16e siècle. D’un côté, elle a encore recours à la typographie gothique et est imprimée, comme le reste de l’ouvrage, sur du parchemin. De l’autre côté, elle comporte déjà beaucoup de caractères de typographie romaine ainsi qu’une marque de libraire (accompagnée d’une devise) et propose une disposition du texte assez moderne dite en « cul-de-lampe » (ce qui désigne l’arrangement décoratif d’un texte qui va en diminuant, d’une ligne à l’autre, jusqu’à ne plus former qu’une pointe sur la dernière ligne). Même si la gestion de l’espace est encore hésitante sur cette page de titre qui se perd au milieu de la page blanche, des pratiques modernes sont déjà en place et connaissent plus tard un perfectionnement qui donne lieu à des pages de titre remarquables à la fin du 16e et au 17e siècle.

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Opera Vergiliana . - Lyon : J. Sacon, 1517. – Illustrations gravées sur bois ; in-folio.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote R-FOL-28365

Cette édition des œuvres de Virgile (70 av. J.-C.-19 av. J.-C.) se compose de deux volumes reliés ensemble. Dans le premier, sont placés les Bucoliques, les Géorgiques ainsi que d’autres fragments d’œuvres virgiliennes et dans un second volume, se trouve l’Enéide, célèbre épopée relatant les épreuves du héros troyen Énée, ancêtre mythique du peuple romain, fils d'Anchise et de la déesse Vénus, depuis la prise de Troie jusqu'à son installation dans le Latium.

C’est l’éditeur lyonnais Jacques Sacon (1497-1529) qui est à l’origine de cette édition. Acteur important dans la communauté du livre lyonnais, il occupe une place considérable dans l’histoire de l’imprimerie. Sa production se compose avant tout d’éditions liturgiques (notamment des bibles) et juridiques, et ponctuellement d’éditions d’œuvres classiques.

Cet exemplaire appartient à la seconde édition des œuvres de Virgile que Jacques Sacon réalise. Ce dernier avait déjà proposé en 1499 une première édition (incunable) des œuvres du poète latin, dont la mise en page était beaucoup plus simple : elle ne comportait qu’une page de titre très sommaire et n’était pas illustrée. Pour cette seconde édition, Jacques Sacon l’a fait composer d’après celle de Johann Grüninger réalisée à Strasbourg en 1502. La seconde édition présentée ici est bien différente et reflète les évolutions rapides du livre imprimé qui adviennent entre la fin de la période incunable et le début du 16e siècle : l’un des traits les plus marquants est que cette édition comporte une page de titre beaucoup plus aboutie. Comme pour l’édition des Métamorphoses d’Apulée, le texte de Virgile est ici accompagné d’une copieuse glose réalisée par plusieurs commentateurs parmi lesquels Josse Bade, Maffeo Vegio, Beroalde, Mancinelli, Calderino… Mais au contraire de l’édition d’Apulée qui ne comporte aucune illustration pour aérer et imager le texte, l’édition des œuvres de Virgile que propose Jacques Sacon est abondamment illustrée avec non moins de 208 bois gravés qui représentent les épisodes clefs de ses récits : le jugement de Pâris, la fuite d’Enée, la prise de Troie avec l’épisode du cheval de Troie, la rencontre avec Didon, le passage dans les Enfers, l’arrivée dans le Latium… Sur certains bois gravés, au milieu de scènes mythologiques, il est parfois possible d’apercevoir Virgile occupé à prendre des notes à son pupitre.

Les bois gravés utilisés sont repris de l’édition de Johann Grüninger et seront plus tard mobilisés par d’autres éditeurs et imprimeurs (citons par exemple Jean Crespin à Lyon en 1529).

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Reigles générales de l'architecture, sur les cinq manières d'édifices... avec les exemples danticquitez, selon la doctrine de Vitruve....par Sebastiano Serlio - Anvers : Pierre van Aelst, 1545.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote R-FOL-23344

Les Reigles générales de l’architecture, sur les cinq manières d’édifices, à savoir, toscane, dorique, ionique, corinthienne et composite, avec les exemples d’antiquités, selon la doctrine de Vitruve est l’un des volumes qui composent le traité d'architecture écrit par Sebastiano Serlio (1475-1554), architecte et sculpteur italien de la Renaissance. De son vivant, il rédige sept livres portant respectivement sur la géométrie, la perspective, l'architecture antique, les ordres architecturaux, les églises, les habitations et l'architecture privée : ensemble, ils forment son traité d'architecture. C'est le quatrième livre, celui portant sur les ordres architecturaux, qui est conservé à la médiathèque.

Rédigé initialement en italien, l'ouvrage de Sebastiano Serlio est d'abord traduit en néerlandais en 1539 puis en français en 1542 et en allemand en 1543 (et plus tard dans d'autres langues). C'est Pieter Coecke van Aelst (1502-1550), artiste, peintre, architecte et scénographe flamand, qui entreprend de traduire, d'éditer et de faire imprimer aussi bien l'édition néerlandaise que française. Il propose trois éditions en français, respectivement publiées en 1542, en 1545 et en 1550. L'exemplaire présenté appartient à l'édition originale de 1542 qui est devenue très rare au fil des siècles : en France, seule la médiathèque Samuel Paty en conserve un exemplaire identifié !

Le quatrième volume du traité d'architecture de Sebastiano Serlio a eu une influence considérable sur l'histoire de l'architecture : les cinq ordres majeurs que l'on connaît encore (dorique, ionique, corinthien, toscan et composite) y sont définis et exposés. Les explications sont accompagnées de gravures sur bois soignées qui se révèlent pleines de détails. La mise en page trahit à certains endroits la fantaisie de l’éditeur : le texte est tantôt disposé en losange, tantôt en cul-de-lampe, voire « enjambe » les gravures par endroit.

Traduit en plusieurs langues et réédité à de nombreuses reprises, ce traité d'architecture permet la diffusion dans toute l'Europe du Nord de la théorie architecturale la plus moderne de l’époque, qui puise son inspiration dans l’Antiquité et l’œuvre d’hommes tels que Vitruve, architecte romain du Ier siècle avant J.-C. connu pour son traité De architectura dont nous vient l’essentiel des connaissances sur les techniques de construction de l’Antiquité classique.

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Albertus Durerus. Quatuor his suarum institutionum geometricaum libris.,... Paris : Chrestien Wechel, 1535.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote R-4-23372

Albrecht Dürer (1471-1528) est un dessinateur, graveur et peintre allemand de la Renaissance également théoricien de la géométrie et de la perspective linéaire. Outre ses nombreuses gravures et peintures, il est connu pour ses écrits. Son ouvrage majeur est publié en 1525 et s’intitule Underweysung der messung (Instruction sur la manière de mesurer, aussi connu sous le nom de Quatre livres sur la mesure en français). L’édition latine que nous présentons ici est le fruit du travail de l’éditeur parisien Chrétien Wechel (1495-1554) qui fait paraître l’ouvrage en 1535 sous le titre Versus e germanica lingua in Latinam, pictoribus, fabris aerariis ac lignariis, lapicidis, statuariis, et universis demum qui circino, gnomone, libella, aut alioqui certa mensura opera sua examinant. Quatuor his suarum institutionum geometricaum libris.

Destiné aux artistes, ce traité est consacré à la question des proportions et à la perspective artistique. Il se compose de plusieurs livres qui abordent respectivement la géométrie linéaire, la géométrie bidimensionnelle, l’application des principes géométriques en architecture, en ingénierie et en typographie et enfin les formes tridimensionnelles. Albrecht Dürer aborde dans d’autres traités la question des proportions humaines et même la question de la fortification des villes et châteaux.

Le traité d’Albrecht Dürer est agrémenté de nombreuses gravures et planches dont certaines sont dessinées par l’auteur lui-même et portent le monogramme AD ainsi que la date 1525. Chrétien Wechel réalise à Paris une première édition latine de ce livre en 1532 et une seconde en 1535 : toutes deux contiennent des copies des planches d’Albrecht Dürer, soigneusement reproduites au point de comporter le monogramme de Dürer et d’indiquer elles-aussi 1525, alors que les éditions de Chrétien Wechel ont été réalisées dans les années 1530. Le livre comporte de nombreux schémas explicatifs, représentations de figures géométriques, patrons de solides… Certaines gravures, trop grandes pour la page, sont imprimées en partie sur des bandelettes de papier qu’il faut déplier à la lecture.

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Consulter l'ouvrage numérisé sur Gallica

La rétrospective chronologique du livre imprimé continue à la Médiathèque Samuel Paty ! Comme le mois dernier, venez contempler dans nos vitrines des ouvrages du fonds patrimonial dont nous tournerons les pages de semaine en semaine.

Le mois dernier, il était possible de découvrir quelques livres imprimés de la première moitié du XVIe siècle. Ce sont à présent trois livres de la seconde moitié du 16e siècle qui vous sont proposés : un livre sur les provinces romaines antiques de 1551, un traité sur les poissons de 1554 et un manuel sur les dieux et croyances des Romains de 1581.

Comme souvent, les livres du fonds patrimonial nous réservent quelques surprises. Ce mois-ci, nous avons découvert dans l’exemplaire de l’Image des dieux des anciens conservé à la Médiathèque Samuel Paty une gravure dont un morceau a été découpé. Avez-vous une idée que ce qui pourrait être représenté sur le fragment manquant ? Réponse en image dans les commentaires grâce à un exemplaire différent numérisé par une autre bibliothèque. A ne pas reproduire dans les livres de la médiathèque !

À venir découvrir du 7 mars au 1er avril dans les vitrines situées à l'entrée de la Médiathèque Samuel Paty. Pour les ouvrages de la première moitié du 17e siècle, rendez-vous le 4 avril.

Point d'histoire

Dans la seconde partie du 16e siècle, le livre imprimé achève de s’émanciper du manuscrit. Une centaine d’années après la mise au point de l’imprimerie, les livres produits ont à présent une identité propre. Croissant en qualité et en quantité, la production livresque s’ouvre également davantage à d’autres langues, genres, sujets... La généralisation de la gravure sur cuivre (ou taille-douce) permet de produire des illustrations d’une grande précision et d’une grande finesse, même si elle ne fait pas disparaître les gravures sur bois pour autant.

Wolfgang Lazius. - Commentariorum Reipub. romane illius, in exteris provinciis, bello acquisitis, constitutae, libri duodecim… - Bâle, Johann Oporinus, 1551. – in-folio.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote 20008

Wolfgang Lazius (1514-1565) est un érudit humaniste autrichien. Ses activités sont nombreuses : il est aussi bien historien que cartographe, médecin et professeur de médecine.

L'empereur Ferdinand Ier (1503-1564) en fait son médecin personnel, son historien officiel et le conservateur des collections impériales du Saint-Empire romain germanique. A ce titre, il écrit et réalise un certain nombre d'ouvrages historiques et de cartes : la première histoire imprimée de la ville de Vienne, des cartes de la Hongrie, des cartes et un atlas historique de l'Autriche… Ses recherches l'amènent à voyager fréquemment, à l'occasion de quoi il amasse, mais dérobe également, des documents provenant de monastères et de bibliothèques. La personnalité de Wolfgang Lazius reste fortement associée à l’univers des bibliothèques : c’est lui qui aurait inspiré Giuseppe Arcimboldo pour son tableau intitulé Le Bibliothécaire.

Le Commentariorum Reipub. romane illius… contient douze livres qui portent sur l'organisation politique, militaire, religieuse et civile des provinces romaines conquises sous la Rome antique. Il est agrémenté de trois planches gravées dépliantes hors texte et de deux gravures pleine page, ainsi que de quelques vignettes au fil des pages. Les gravures représentent respectivement les armes et vêtements des dignitaires romains, les bâtiments, l'agencement d'un camp militaire, et l'organisation de tactiques et de formations militaires.

La réalisation par Wolfgang Lazius d'un ouvrage tel que le Commentariorum Reipub. romane illius.. n'est pas anodine. Certes, il existe à la Renaissance un attrait certain des érudits pour l'Antiquité, mais ce n'est pas la justification principale pour expliquer que Wolfgang Lazius ait entrepris l'écriture d'un ouvrage sur les institutions provinciales romaines. Wolfgang Lazius est à l'époque au service du Saint Empire romain germanique, une puissante entité politico-religieuse (alors dirigée par l'empereur Ferdinand Ier), qui se réclame de l'héritage de l'Empire romain antique et qui se considère comme le successeur de ce dernier. Dans ce cadre, l'écriture d'un tel ouvrage a une dimension fortement politique.

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Ippolito Salviani. - Aquatilium animalium historiae, liber primus, cum eorundem formis, aere excusis. – Rome, Ippolito Salviani, 1554. – in-folio.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote R-FOL-28387

Ippolito Salviani (1514-1572) est un médecin, zoologiste et botaniste italien. Arrivant à Rome à la fin des années 1530, il acquiert une réputation solide et devient médecin officiel du pape Jules III en 1550 (le restant ensuite sous les pontificats de Marcel II et Paul IV) tout en continuant d'enseigner la médecine à l'université de Rome jusqu'en 1568.

Il se fait connaître en parallèle comme naturaliste et se spécialise dans l'étude des animaux marins. Il dissèque lui-même dans son cabinet de travail les poissons qu'on lui envoie de toute l'Italie et collectionne des échantillons naturalisés et des représentations de créatures aquatiques.

Entre 1554 et 1558, il fait paraître l'Aquatilium animalium historiae dont nous présentons ici un exemplaire de l'édition originale. Ce traité d'ichtyologie, consacré aux poissons et à divers autres "habitants du royaume des eaux" (parmi lesquels quelques invertébrés et céphalopodes), est abondamment illustré au moyen de 99 planches hors texte gravées sur cuivre. Ce livre est par ailleurs le premier à utiliser la technique de gravure sur cuivre pour représenter les poissons. Les gravures sont en grande partie l'œuvre d'Antoine Lafréry (1512-1577) et de Nicolas Béatrizet (vers 1510-vers 1577) réalisées d'après celles de Bernardus Aretinus (actif au 14e siècle). Ippolito Salviani imprime lui-même son traité dans son propre atelier typographique à Rome.

Il fournit en outre de nombreuses informations sur les animaux aquatiques. Ippolito Salviani donne pour chaque espèce la dénomination en grec, en latin savant et en latin vulgaire qu'il accompagne de longues notices. Il tente également de dresser la liste des noms donnés par les auteurs anciens aux différentes espèces. Pour autant, son ouvrage contient également des approximations et des informations fantaisistes. Les gravures ne sont pas toujours rigoureuses quant au nombre d'écailles, de nageoires, de tentacules des animaux marins. Il n'en demeure pas moins l'un des plus beaux ouvrages jamais publiés sur les poissons.

A la même période, Guillaume Rondelet et Pierre Belon, qui connaissent Ippolito Salviani, publient de leur côté des traités similaires. Tous les trois ont pour point commun d’avoir mené leurs propres observations, à partir desquelles ils ont fourni de nouvelles représentations des créatures aquatiques, au lieu de simplement reprendre les représentations et conceptions des savants anciens. Leurs travaux ont une importance capitale pour l'ichtyologie jusqu'au 18e siècle encore.

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Vincenzo Cartari, trad. Antoine du Verdier. - Les images des dieux des anciens, contenans les idoles, coustumes, ceremonies et autres choses appartenans à la religion des payens. – Lyon, Guichard Julliéron pour Etienne Michel, 1581. – in-4°.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote 22948

Vincenzo Cartari (1531-1593) est un mythographe (c’est-à-dire un auteur qui étudie et explique les mythes anciens), secrétaire et diplomate de la Renaissance italienne ayant travaillé au service de la maison D’Este dans les cours d’Italie et de France. Il est le premier à avoir traduit en italien les Fastes d’Ovide (qu’il publie en 1551 et en 1553), une œuvre poétique portant sur le calendrier romain et les fêtes religieuses et prodiguant de nombreuses informations sur les dieux et les croyances religieuses des Romains. C’est en traduisant et en commentant l’œuvre d’Ovide que Vincenzo Cartari acquiert une grande connaissance de la culture et des mythes de l’Antiquité romaine et que lui vient l’idée d’entreprendre l’écriture d’un manuel mythographique (Le Imagini con la sposizione de i dei de gli antichi) publié pour la première fois à Venise en 1556. Comme c’est de plus en plus le cas au cours du 16e siècle, l’ouvrage est initialement rédigé en italien (et non en latin). Il est ensuite traduit en plusieurs langues : nous en présentons ici la traduction française (Les images des dieux des anciens), réalisée par Antoine du Verdier (1544-1600), publiée en 1581 à Lyon par Guichard Julliéron (†1627) pour Etienne Michel.

Republié à plus d’une trentaine de reprises dans toute l’Europe jusqu’au 18e siècle, Le Imagini con la sposizione de i dei de gli antichi est fréquemment enrichi de nouvelles illustrations à l’instar des gravures sur bois réalisées par Giuseppe Porta Salviati (1520-1575) ou Bolognino Zaltieri (actif de 1555 à 1576). Chaque divinité est décrite et est associée à un ensemble de symboles, vêtements, expressions, poses, attributs, cérémonies, légendes qui apparaissent aussi sur les gravures.

En proposant des descriptions et des interprétations des dieux antiques, Le Imagini con la sposizione de i dei de gli antichi a eu une influence considérable sur les peintres, les poètes et sur les écrivains d’art : Paul Véronèse lui-même (1528-1588) s’en inspire. S’il puise son inspiration chez des auteurs plus anciens, Vincenzo Cartari propose et crée tout de même une nouvelle approche visuelle de l’Antiquité. Il nous permet pour notre part de comprendre la manière dont les hommes et femmes de la Renaissance percevaient et appréhendaient les dieux et déesses de la Rome antique, non sans quelques interprétations fautives et contresens.

L’exemplaire de la Médiathèque Samuel Paty contient une petite particularité : un fragment de la gravure qui est placée à la page 430 a été découpé et retiré du livre ! La créature qui se trouve aux pieds de Minerve, à côté de sa lance, et qui figure sur le petit bout de papier qui a été ôté n'est autre qu'un coq. Les motivations qui ont poussé le lecteur à découper l'image nous sont inconnues.

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Dans le cadre de la rétrospective chronologique du livre imprimé proposée à la Médiathèque Samuel Paty cette année, venez et revenez ce mois-ci admirer quelques livres imprimés de la première moitié du 17e siècle.

Nous vous proposons pour ce mois quatre livres : un atlas de poche de 1618, un livre sur les monstres de 1642, un ouvrage pour apprendre à fabriquer des cadrans solaires de 1644 et un manuel pour pratiquer la gravure en taille-douce de 1645.

Sur la carte tirée de l’atlas de Pierre Bertius, il est possible d’apercevoir la ville de Moulins. Arrivez-vous à la trouver ?

À venir découvrir du 4 au 29 avril dans les vitrines situées à l'entrée de la Médiathèque Samuel Paty. Pour les ouvrages de la seconde moitié du 17e siècle, rendez-vous le 2 mai.

Point d'histoire

Le 17e siècle est un siècle de pause pour l'imprimerie sur le plan technique : le matériel et les principes ne changent pas, de même que l'organisation des ateliers d'imprimerie demeure telle qu'aux 15e et 16e siècles. La gravure sur cuivre ou taille-douce, qui nécessite l'emploi d'une presse distincte de la presse typographique, se généralise et devient très courante ; les livres présentés ce mois recourent d’ailleurs tous à la gravure sur cuivre. L'innovation se joue davantage au niveau de la mise en page, plus aérée et raffinée. Aux Pays-Bas, des imprimeurs mettent au point des ornements et des caractères bientôt imités ailleurs. C'est surtout un siècle où l'offre d'imprimés ne cesse de s'accroître et de se diversifier. Le livre adopte des formats plus réduits, le rendant plus maniable et transportable. Il se veut aussi plus accessible, en élargissant la palette des sujets et des genres proposés et en s'efforçant de toucher toutes les catégories de population. Le livre se fait plus présent au quotidien et devient familier. Servant à l'étude comme au divertissement, il est au centre des occupations et des préoccupations du siècle.

Pierre Bertius. - Tabularum geographicarum contractarum libri septem. – Amsterdam, Jodocus Hondius II, 1618. – In-8° oblong.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote 20069

Pierre Bertius (1565-1629) est un mathématicien et cartographe néerlandais. Il enseigne les mathématiques à l’université de Leyde, avant d'être destitué du fait de ses positions religieuses. En 1620, il se réfugie en France, abjure le protestantisme et est nommé professeur d’éloquence, historiographe du roi et professeur de mathématiques au Collège royal.

Il compose des ouvrages théologiques et géographiques. Il produit aussi bien des cartes du monde des anciens que des cartes du monde contemporain. Le livre présenté ici propose des cartes du monde tel qu’il est connu sous le règne de Louis XIII, dont Pierre Bertius est le géographe officiel et à qui il dédie le livre.

C’est Jodocus Hondius II (1593-1629), un cartographe, graveur et éditeur néerlandais installé à Amsterdam, qui se charge de la publication. Il appartient à une famille de graveurs et de cartographes : son père, Jodocus Hondius I (1563-1612), lui-même cartographe, a d'ailleurs réalisé aux côtés de Pieter van den Keere (1571-1646) des cartes pour le Caert Thresoor ou Thresor de Chartes de Barent Langenes (actif au 16e siècle) publié pour la première fois en 1598 à Middelburg. Pierre Bertius reprend et enrichit le Caert Thresoor pour proposer le Tabularum geographicarum contractarum libri septem.

L'édition présentée ici est la troisième réalisée ; les deux autres datent de 1616. Elle contient 220 cartes pleine page gravées sur cuivre, ainsi qu’une page de titre illustrée et gravée. Certaines cartes gravées sont signées de Salomon Rogiers (vers 1592-vers 1640), tandis que d'autres proviennent de Pieter van den Keere et Jodocus Hondius I. C’est un livre oblong (ce qui signifie qu'il est plus large que haut), dont le format est particulièrement adapté pour la reproduction de cartes. A l’époque, les atlas de poche sont très à la mode. L’ouvrage propose des cartes du monde en général, mais également de chaque continent, de chaque Etat et de chaque province. Chaque carte est assortie d’une description détaillée, particulièrement pour le continent européen. Contrairement à une grande partie des ouvrages géographiques de l'époque, le texte a été réalisé à partir des cartes, et non l'inverse.

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Ulisse Aldrovandi. - Monstrorum historia,... – Bologne, Nicolai Tebaldini, 1642. – In-folio.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote R-BANV-FOL-18851

Ulisse Aldrovandi (1522-1605) est un scientifique italien de la Renaissance. Après des études en humanités et en droit, il devient notaire en 1542, mais décide cinq ans plus tard d'abandonner le notariat pour se consacrer à ses centres d'intérêt. D'abord intéressé par la philosophie et la logique, il se tourne ensuite vers la médecine. A partir de 1551, il se prend d’intérêt pour la botanique, la zoologie et la minéralogie, tout en continuant d'étudier la médecine. Il pratique et étudie les dissections anatomiques, et rassemble également des spécimens d'animaux, de plantes et de minéraux pour ses collections. Il a un cabinet de curiosités qui compte plus de 18 000 pièces à la fin de sa vie. Il obtient le titre de docteur en médecine et en philosophie en 1553 et commence l'année suivante à enseigner à l'université de Bologne la philosophie puis l'histoire naturelle.

A partir de 1570, il entreprend de publier des livres où il expose ses découvertes. Il forme un grand projet pour l’édition d’une vaste encyclopédie d’histoire naturelle et signe en 1594 un contrat avec l’éditeur vénitien Francesco de Franceschi (vers 1530-vers 1599). Le projet est mis à mal par la faillite de ce dernier. Seulement trois volumes d’ornithologie et un volume d’entomologie paraissent du vivant d’Ulisse Aldrovandi.

Après sa mort, Bartolomeo Ambrosini (1588-1657), ancien élève d’Ulisse Aldrovandi, reprend les notes laissées par son maître et supervise l’édition de certains de ses ouvrages, dont celui présenté ici. Paraissent entre 1606 et 1642 les volumes portant sur les crustacés, les quadrupèdes, les poissons, les insectes, les serpents, mais également sur les dragons et les monstres. Ulisse Aldrovandi s'intéresse en effet aussi bien aux animaux réels qu'aux animaux fabuleux.

L’édition présentée ici est une histoire des monstres et créatures fabuleuses, donnant à voir des singularités du monde végétal, animal et humain. Plus de 450 illustrations accompagnent l’ouvrage et sont l’œuvre de Jean-Baptiste Coriolan (vers 1590-1649), peintre et graveur italien. L’ouvrage donne à voir des malformations observables dans la nature, mais également des déformations inventées et rapportées parfois par des sources anciennes peu fiables. Il témoignage de la fascination pour l’étrangeté et le hors norme qui anime les lecteurs d’hier comme d’aujourd’hui.

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Pierre Bobynet. - L'Horographie curieuse contenant diverses méthodes... pour faire... toutes sortes d'horloges et cadrans... plus son traité curieux de géodésie. – La Flèche, George Griveau, 1644. – in-8°.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote 12220 et cote 12229

Le père jésuite Pierre Bobynet (1593-1668) est originaire de Montluçon. Il enseigne au Collège de la Flèche où il est professeur de philosophie et de théologie morale. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages de théologie et également d’horographie (soit l’art de tracer et de faire des cadrans solaires).

La médiathèque conserve une édition de L’Horographie curieuse et un recueil regroupant une autre édition de cet ouvrage et un autre traité d’horographie de Pierre Bobynet intitulé L'Horographie ingénieuse contenant des connaissances et des curiosités agréables dans la composition des cadrans (de 1647). Entre les deux éditions, seule la page de titre change très légèrement. Les deux éditions sont le fruit du travail de Georges Griveau (1593-1654), un éditeur et imprimeur du roi et du collège royal de La Flèche, où enseigne Pierre Bobynet. La page de titre indique que l’ouvrage est vendu à Paris par François Langlois dit Chartres (1588-1647), un éditeur, marchand d’estampes, peintre et libraire installé dans la capitale.

L’une comme l’autre édition comporte 23 planches gravées sur cuivre : 22 planches pleine page et 1 planche dépliante. L’un de nos exemplaires ne comporte pourtant que les 22 planches pleine page : la planche dépliante a disparu !

L’ouvrage se veut accessible : il présente les outils et instruments à préparer, les termes de l’horographie, les principes géométriques, les modèles de cadrans et décrit de nombreux cadrans solaires muraux, de jardin ou de poche.

L’ex-libris manuscrit placé sur la page de garde d’un des deux exemplaires nous apprend que l’ouvrage a appartenu à la bibliothèque du couvent des Pères Minimes de Moulins, détruit lors de la période révolutionnaire. Une inscription manuscrite latine nous indique que l’ouvrage était « à l’usage du frère Hugo Vincent du couvent des Minimes ». L’ouvrage semble avoir été lu assez attentivement par ce religieux, qui n’a pas hésité à apporter quelques corrections à la plume lorsqu’il repérait une erreur dans le texte ou à ajouter des renvois manuscrits vers les gravures présentes à la fin de l’ouvrage pour faciliter sa lecture.

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Abraham Bosse. - Traicté des manieres de graver en taille douce sur l'airin. Par le Moyen des Eauxs Fortes, & des Vernix Durs & Mols. Ensemble de la façon d'en Imprimer les Planches, & d'en Construire la Presse, & autres choses concernans lesdits Arts. – Paris, Abraham Bosse, 1645. – in- 8°.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote 31628

Abraham Bosse (1602 ou 1604-1676) est un membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture et un des meilleurs graveurs français du 17e siècle. Théoricien de la gravure en taille-douce, son œuvre est un emblème de l’art baroque français. Il est aussi mathématicien et géomètre et publie des ouvrages sur la perspective, d’après la technique de perspective linéaire mise au point par Girard Desargues (1591-1661).

Il commence son apprentissage à partir de 1620 à Paris auprès du graveur Melchior Tavernier (1594-1665) et réalise ses premières gravures dès 1622. Il rencontre en 1629 l’aquafortiste Jacques Callot (1592-1635), dont il devient le collaborateur et l’ami. Il découvre aussi à ses côtés des innovations pour la gravure mises au point par Jacques Callot lui-même, telles que la technique du vernis dur, plus exigeante techniquement que celle du vernis mou, mais permettant des tracés plus nets. Il utilise cette technique pour ses gravures et contribue également à la diffuser au travers de l’ouvrage présenté ici. Cependant, à la différence de Jacques Callot, le but d’Abraham Bosse est de réussir à obtenir avec l’eau-forte (une technique de taille indirecte) un résultat aussi proche que possible du burin (une technique de taille directe).

On lui attribue environ 1 600 pièces, toutes très réussies, qu’il réalise aussi bien pour des livres religieux que pour des ouvrages de littérature classique et moderne et des traités de sciences, de géographie ou d’histoire. Il est très habile pour les gravures représentant les divers métiers et scènes de la vie quotidienne. Il aime tout particulièrement mettre en scène des hommes et des femmes élégants, placés dans de somptueux intérieurs et habillés de beaux costumes, dont le goût lui vient peut-être de son père qui est tailleur.

Abraham Bosse est le premier à publier un manuel technique de gravure, réédité et traduit en une dizaine de langues jusqu’au 19e siècle et même aujourd’hui en japonais. Il y expose toutes les étapes de la gravure en taille-douce, depuis la préparation du matériel (vernis, eau forte, planche de cuivre…), jusqu’à la manière d’imprimer la planche sous presse, en passant par l’application et le séchage du vernis, la préparation du dessin, l’application de l’eau forte, le retrait du vernis, le tout accompagné de conseils pour le maniement de l’aiguille et du burin. L’ouvrage contient 16 planches gravées, elles-mêmes réalisées en taille douce. Certaines d'entre elles sont représentées à l'identique au recto et au verso d'une même feuille, afin de pouvoir lire les explications sur plusieurs pages tout en ayant toujours la gravure sous les yeux.

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Nous ouvrons un nouveau chapitre de la rétrospective chronologique du livre imprimé avec ce mois-ci deux livres de la seconde moitié du 17e siècle.

Venez découvrir un traité médical peu connu datant de 1671 dans lequel vous pourrez découvrir l'art complexe des bandages et attelles grâce aux nombreuses gravures qu'il contient. Venez également admirer les cartes et gravures d'un célèbre atlas de l'Afrique datant de 1686 : cette semaine, nous avons décidé de mettre à l'honneur la grande carte dépliante qu'il contient.

Pour les semaines suivantes, nous sommes à votre écoute ! Quelles régions d'Afrique aimeriez-vous que l'on mette en valeur dans les vitrines tout au long de ce mois-ci ?

À venir découvrir du 2 mai au 4 juin dans les vitrines situées à l'entrée de la Médiathèque Samuel Paty. Pour les ouvrages du 18e siècle, rendez-vous le 6 juin.

Point d'histoire

Le 17e siècle est un siècle de pause pour l'imprimerie sur le plan technique : le matériel et les principes ne changent pas, de même que l'organisation des ateliers d'imprimerie demeure telle qu'aux 15e et 16e siècles. La gravure sur cuivre ou taille-douce, qui nécessite l'emploi d'une presse distincte de la presse typographique, se généralise et devient très courante ; les livres présentés ce mois recourent d’ailleurs tous à la gravure sur cuivre. L'innovation se joue davantage au niveau de la mise en page, plus aérée et raffinée. Aux Pays-Bas, des imprimeurs mettent au point des ornements et des caractères bientôt imités ailleurs. C'est surtout un siècle où l'offre d'imprimés ne cesse de s'accroître et de se diversifier. Le livre adopte des formats plus réduits, le rendant plus maniable et transportable. Il se veut aussi plus accessible, en élargissant la palette des sujets et des genres proposés et en s'efforçant de toucher toutes les catégories de population. Le livre se fait plus présent au quotidien et devient familier. Servant à l'étude comme au divertissement, il est au centre des occupations et des préoccupations du siècle.

Denis Fournier. - L'Oeconomie chirurgicale pour le restablissement des parties molles du corps humain, contenant les principes de chirurgie et un traitté méthodique de la garison de la peste et de tous ses accidens par le moyen d'un remède expérimenté, et nouvellement mis en lumière par D. Fournier,... – Paris, François Clouzier, et Sébastien Cramoisy, 1671. – in-4°.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote 22149

Denis Fournier (1613-1683) est un chirurgien et accoucheur français né à Lagny-sur-Marne, près de Paris. On sait assez peu de choses sur lui, si ce n’est qu’il exerce à Paris et qu’il se passionne pour les instruments médicaux et chirurgicaux. Il conçoit et met au point un grand nombre d’outils nouveaux et de méthodes inédites. Il est notamment l’un des premiers à imaginer des prothèses chirurgicales. Il rédige plusieurs traités portant sur le corps humain, sur les maladies des os et des fractures, ainsi que sur les accouchements.

Pour faire connaître ses théories et ses inventions, il compose ainsi un imposant traité intitulé L'Oeconomie chirurgicale pour le restablissement des parties molles du corps humain en 1671. L’ouvrage est édité chez François Clouzier et Sébastien Cramoisy, deux éditeurs, imprimeurs et libraires parisiens, mais l’impression a certainement été financée et surveillée par Denis Fournier. En témoignent la structure et l’organisation de l’ouvrage qui sont assez confuses et parfois désordonnées. A cela s’ajoute le travail distrait de l’artisan relieur qui a par exemple relié à l'envers l'une des gravures dépliantes..

Denis Fournier diffuse ses idées, mais participe à populariser et vulgariser la science du chirurgien Ambroise Paré, actif au 16e siècle. Il réutilise d’ailleurs certaines des gravures que l’on retrouve dans les traités d’Ambroise Paré, qu’il accompagne de gravures réalisées pour lui-même. L’ouvrage contient 16 planches repliées hors texte et une planche repliée dans le texte, ainsi que de nombreuses gravures dans le texte. Les schémas explicatifs donnent à voir les organes du corps humain et indiquent comment réaliser des bandages, des attelles et des emplâtres.

Denis Fournier propose des techniques nouvelles et a même inventé des néologismes dont « nosostéologie » (pour désigner ce qui englobe toutes les maladies et traumatismes du système osseux) et « apocatastostéologie » (pour désigner les moyens et remèdes visant au rétablissement des os fracturés et disloqués du corps humain). Malgré cela, il n'est pas passé à la postérité. Son ouvrage, au même titre que ses idées et inventions, n'a pas connu véritablement un succès durable et il est aujourd’hui devenu assez rare.

L'exemplaire conservé à la Médiathèque Samuel Paty contient deux ex-libris manuscrits qui permettent d’en savoir plus sur quelques-uns des précédents propriétaires du livre : le premier indique qu’il appartenait en 1684 à un certain Petri ou Pierre Moreau, un médecin, et le second nous apprend qu’il a ensuite été racheté par François Batissier, un docteur en médecine installé au 17e siècle à Moulins. Les gravures du livre ont dû être manipulées fréquemment, car elles sont aujourd'hui abîmées et pour certaines déchirées.

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Olfert Dapper. - Description de l'Afrique : contenant les noms, la situation et les confins de toutes ses parties... – Amsterdam, Wolfgang, Van Waesberge, Boom et Van Someren, 1686. – in-folio.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote 20067

Olfert Dapper (1636-1689) est un médecin et géographe humaniste néerlandais. Alors qu'il a un peu plus de trente ans, il se prend de passion pour la géographie et il s'y consacre jusqu’à la fin de ses jours. Des années 1660 à 1680, il étudie et écrit successivement sur l'Afrique, mais également sur l'Asie et les pays du Proche et du Moyen-Orient

C'est en 1668 qu'il fait publier un important atlas sur l’Afrique en néerlandais chez Jacob van Meurs. L'ouvrage est publié une seconde fois en 1676 et est traduit en français quelques années plus tard. L'édition française paraît en 1686 sous le titre de Description de l'Afrique : elle est le fruit du travail d'un groupement de libraires installés à Amsterdam qui ont racheté les plaques de cuivre utilisées pour la première édition.

L'atlas d'Olfert Dapper est l'un des plus importants travaux de synthèse consacrés à l'Afrique dans la seconde moitié du 17e siècle. Contrairement à un certain nombre de ses contemporains, Olfert Dapper ne compose pas un recueil de curiosités exotiques sur l'Afrique ou un traité avec un point de vue ethnocentrique ou dépréciatif. Il adopte dans son ouvrage un point de vue neutre et une démarche interdisciplinaire qui mêle la politique, l'économie, la géographie, la culture, la religion, les langues, les coutumes, les sciences, la médecine, l'agriculture, l'artisanat, le commerce, la faune et la flore afin d'étudier chaque territoire africain en détail. Olfert Dapper est même l'un des premiers à s'intéresser à la dimension artistique des objets africains.

L'ouvrage est richement illustré avec 42 planches hors texte et 55 gravures en taille douce dans le texte. Il contient également une grande carte repliée. Les gravures représentent aussi bien les habitants et leur mode de vie que les villes et monuments ou encore la faune et la flore du continent.

Pourtant, Olfert Dapper n'a jamais mis les pieds en Afrique. Pour composer son livre, il fait appel aux récits de marins et de voyageurs, il se fait assister d'Isaac Vossius, un professeur de l'université de Leyde, et il consulte un grand nombre de sources orales et manuscrites (pour certaines disparues aujourd'hui), d'ouvrages d'histoire, de géographie et des récits de voyage. Olfert Dapper s'est efforcé de comprendre les sociétés africaines et de les faire connaître dans leur multiplicité et leur richesse. Il a été un pionnier dans le domaine des études africaines, accomplissant un travail d'ethnologue avant l'heure. Son livre est encore aujourd'hui un ouvrage fondamental pour les spécialistes de l'Afrique, même si l'étude de l'Afrique a depuis beaucoup progressé.

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Dans le cadre de la rétrospective chronologique du livre imprimé, nous mettons ce mois-ci à l’honneur les livres du 18e siècle.

Vous pourrez découvrir tout au long du mois de juin trois livres de nos fonds patrimoniaux : un atlas très important sur l’Empire chinois de 1735, un livre sur des expériences scientifiques de 1745 et un « album-souvenir » de la visite de Louis XV au Havre en 1749 datant de 1753.

Et comme les autres mois, nous tournerons les pages chaque semaine ! Ne manquez pas de venir admirer les magnifiques (et gigantesques !) planches représentant la ville du Havre au 18e siècle.

À venir découvrir du 6 juin au 2 juillet dans les vitrines situées à l'entrée de la Médiathèque Samuel Paty. Pour d’autres ouvrages du XVIIIe siècle, rendez-vous le 4 juillet.

Point d'histoire

Au 18e siècle comme au siècle précédent, le domaine de l'imprimerie ne connait pas de grandes innovations techniques, qui sont davantage mises au point à l'extrême fin du siècle et exploitées au 19e siècle. Pour autant, le 18e siècle se manifeste comme un siècle d'opulence et de raffinement, en contraste avec un 17e siècle plus austère. Le goût pour l'édition de luxe est indéniable, d'autant plus que le 18e siècle voit naître la bibliophilie (c'est-à-dire la collection et l'étude des livres rares et précieux). La production du livre imprimé progresse toujours davantage. Le livre continue de se diversifier en formats, en genres et en sujets. Les livres de science accessibles, les ouvrages illustrés, de littérature romanesque ou encore de voyages connaissent un grand succès auprès d'un lectorat très curieux et toujours plus nombreux. Le 18e siècle se traduit en effet par un élargissement du lectorat, conséquence du développement de l'alphabétisation : à la veille de la Révolution, 35% des Français savent lire. Le 18e siècle est aussi le siècle des Lumières, marqué par l’émergence d’idées nouvelles dont la circulation et la confrontation sont permises par l'imprimerie. Le livre devient un vecteur de la philosophie des Lumières. L'attrait pour la connaissance que connaît ce siècle conduit à la publication de nombreux dictionnaires généralistes et spécialisés, dont la célébrissime Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et d'Alembert. Le livre sort également du seul cadre des bibliothèques privées : les bibliothèques et cabinets de lecture se développent, de même que les sociétés de lecture, les salons, les cafés et clubs littéraires. On aime lire chez soi, en groupe, mais également de plus en plus en promenade ou en voyage, d'où la démocratisation des petits formats bien plus pratiques à transporter, qui constituent des livres de poche avant l'heure.

Jean-Baptiste Du Halde. - Description géographique, historique, chronologique, politique et physique de l'Empire de la Chine et de la Tartarie chinoise, tome deuxième – Paris, P. G. Le Mercier, 1735. – in-folio.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote 20228

Jean-Baptiste Du Halde (1674-1743) est un prêtre jésuite et historien français. Son œuvre la plus connue est la Description de l’Empire de la Chine, dont nous présentons ici le deuxième tome de la première édition parue en 1735. En tout, l’ouvrage se compose de 4 tomes répartis en 4 volumes in-folio.

Le livre de Du Halde se veut une description méthodique de l’Empire chinois qui est alors constitué de la Chine actuelle, de la Tartarie, de la Corée, du Tibet et de la Sibérie. Il permet de connaître presque toutes les facettes de la civilisation chinoise : les empereurs, le gouvernement, les institutions politiques et militaires, la noblesse, l’agriculture et l’artisanat, les sciences et la médecine, la culture, la religion, l’éthique, la monnaie et le commerce, la langue et le système d’écriture… On peut même y découvrir les secrets de l’élevage des vers à soie ou encore de la fabrication de la porcelaine. Il intègre également la première description connue de l’Alaska, faisant suite aux premières explorations de Béring.

Le livre s’accompagne d’un grand nombre de cartes, plans et planches hors texte dont beaucoup sont dépliants. Les planches et vignettes sont pour la grande majorité gravées d’après Humblot par des artistes nombreux tels que Baillieul, Baquoy, Desbrulins, Delahaye, Fonbonne, Guélard, Haussard, Le Parmentier, Lucas, Maisonneuve… Les cartes sont quant à elles l’œuvre de Bourguignon d’Anville et sont basées sur les travaux des jésuites.

Pour composer son livre, Jean-Baptiste Du Halde (qui n’a jamais quitté Paris) a consulté de très nombreuses lettres, rapports inédits et textes chinois non traduits et s’est appuyé sur une vingtaine de témoignages de missionnaires jésuites. L’ordre des jésuites est alors présent en Chine depuis 1582 (et encore jusqu’en 1773). Pour y être acceptés et écoutés, les jésuites décident de se présenter en Chine comme sages, lettrés et savants. Ils apprennent au départ simplement la langue et la civilisation chinoises, mais ils se mettent au fur et à mesure à admirer et à apprécier la culture chinoise jusqu’à devenir des initiateurs de la sinologie et de la sinophilie. Ils écrivent nombre de lettres et de témoignages sur cette civilisation alors peu connue en Europe. Ainsi, de 1702 à 1776, une collection de 34 volumes de lettres envoyées en Europe par des jésuites missionnaires envoyés entre autres en Chine est publiée sous le titre de Lettres édifiantes et curieuses. Le père Jean-Baptiste Du Halde se charge d’ailleurs de la publication des tomes IX à XXVI entre 1709 et 1743.

La Description de l’Empire de la Chine de Jean-Baptiste Du Halde est l’un des ouvrages les plus importants consacrés à la Chine et en tout cas le plus important pour la première moitié du 18e siècle. Il a eu un grand retentissement en France puis en Europe et a influencé de manière durable l’image que les Européens se sont faits de la Chine. Il a grandement contribué au développement du goût pour la culture et la civilisation chinoises que connaît la France au 18e siècle. Il est traduit en anglais en 1738 et ne manque pas de provoquer un engouement similaire pour la Chine de l’autre côté de la Manche !

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Noël Regnault. - Les Entretiens physiques d'Ariste et d'Eudoxe, ou Physique nouvelle en dialogues..., tome premier – Paris, David et Durand, 1745. – in-8.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote 12316

Noël Regnault (1683-1762) est un prêtre jésuite et professeur de mathématiques et de physique au collège de France. A la fin des années 1720, il travaille à l’écriture d’un ouvrage de vulgarisation des connaissances de l'époque dans le domaine scientifique à destination d’un public plutôt jeune, principalement aristocrate et mondain.

Il fait paraître en 1729 la première édition des Entretiens physiques d’Ariste et d’Eudoxe en trois volumes. L’ouvrage connait un grand succès : il est réédité à plusieurs reprises, augmenté d’un quatrième volume en 1732 et d’un cinquième volume en 1745. La médiathèque conserve cinq tomes de l’édition de 1745.

Son ouvrage s’inscrit pleinement dans le contexte du XVIIIe siècle qui se caractérise par un regain d’intérêt pour les sciences (mathématiques, physique, chimie, sciences naturelles, électricité…). Dans son projet de rendre son livre accessible au plus grand nombre et notamment à un public jeune, Noël Regnault opte pour la forme du dialogue fictif, assez courante au 18e siècle : on peut penser aux dialogues philosophiques de Voltaire.

Le livre consiste en un entretien imaginaire entre Eudoxe de Cnide (un astronome, géomètre, médecin et philosophe grec du VIe siècle avant J.-C) et le jeune Ariste dont l’ambition est de devenir son disciple. Noël Regnault fait anachroniquement du personnage antique d’Eudoxe un défenseur des idées de Descartes et un opposant aux théories de Newton, ainsi qu’un ambassadeur de la science jésuite.

Les quatre premiers tomes contiennent entre 20 et 30 planches gravées (il y en a en tout 99 dont 2 dépliantes), qui expliquent les expériences décrites. Certaines planches sont déconcertantes : l’une d’entre elles représente par exemple l’expérience d’un médecin italien qui souhaite montrer qu’une partie des aliments consommés est éliminée par la transpiration et qui s’installe donc dans une chaise suspendue munie d’un contrepoids qui lui permet de savoir quand il prend du poids en mangeant et quand il perd du poids en transpirant. Certaines expériences apparaissent aujourd’hui peu convaincantes.

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Relation de l'arrivée du roi au Havre-de-Grâce le 19 septembre 1749 et des fêtes qui se sont données à cette occasion – Paris, Hippolyte-Louis Guérin et Louis-François Delatour, 1753. – in-plano.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote R-ATL-28027

Le 19 septembre 1749, Louis XV fait son entrée au Havre. Le roi vient pour deux jours afin de visiter le port et la ville sur l’invitation du gouverneur de la ville, le duc de Saint-Aignan. Le roi est accompagné de Madame de Pompadour, de presque tous ses ministres et de nombre de courtisans. La venue du roi est naturellement le motif de réjouissances et de festivités, d’autant plus pour Louis XV qui fait rarement des déplacements hors de Versailles. Pour la ville du Havre, la visite royale est d’une importance capitale et constitue l’occasion de valoriser le développement des activités maritimes survenu au cours du siècle, ainsi que de montrer les récentes grandes transformations architecturales.

Afin de célébrer et de transmettre à la postérité le souvenir de cet événement clef pour Le Havre, la municipalité commande la réalisation d’un livre illustré (un « album-souvenir » en quelque sorte). Pour cela, la somme colossale de 14 000 livres est engagée par la municipalité, qu’elle rembourse petit à petit jusque dans les années 1760. La conception en est confiée à Jean-Baptiste Descamps (1714-1791), un peintre et historien de l’art qui est alors directeur d’une toute nouvelle Ecole de dessin à Rouen, assisté de Nicolas Ozanne. Jean-Baptiste Descamps réalise 6 dessins (achevés en 1751) qui sont ensuite gravés sur cuivre par Jean-Philippe Le Bas. Le texte du livre est attribué à Michel Dubocage. L’ensemble compte 19 pages et 6 gravures et est imprimé à hauteur de 225 exemplaires par Hippolyte-Louis Guérin et Louis-François Delatour à Paris.

Le livre retrace le parcours du roi lors de son séjour, depuis son arrivée jusqu’à son départ. La première gravure représente l’arrivée du roi : le gouverneur royal Paul Hippolyte de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan et les magistrats municipaux présentent solennellement les clefs de la ville au roi assis dans son carrosse. La seconde montre le roi en train d’assister au carénage d’un navire : cette opération périlleuse consiste à coucher le navire afin de faciliter le nettoyage de la coque et de pouvoir refaire le calfatage (c’est-à-dire l’étanchéité) du bateau. Des canots se préparent pour des joutes nautiques, qui sont représentées sur la gravure suivante. Lors de son séjour, le roi assiste également à des manœuvres des voiles, ainsi qu’au lancement de plusieurs navires. Sur chacune des gravures, le patrimoine maritime du Havre est pleinement mis en valeur : l’eau est ainsi gravée avec une grande finesse. Une autre gravure représente les illuminations nocturnes : les soirs des 19 et 20 septembre, la Grande Rue Saint-Michel (aujourd’hui rue de Paris) est décorée et illuminée en l’honneur du roi. Des lumignons sont fixés à un décor de bois et de plâtre recouvert de feuillages. Les lettres M et L (pour Marie Leczynska et Louis XV) sont entrelacées et suspendues. La dernière gravure représente enfin le roi observant la ville à distance depuis les hauteurs d’Ingouville, d’où la vue sur Le Havre et son port est imprenable.

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Le saviez-vous ? Au 18e siècle, un architecte un peu extravagant a proposé d'installer sur les Champs-Elysées un gigantesque monument en forme d'éléphant ! Le projet n'a jamais vu le jour, mais il est exposé dans un livre que nous vous proposons de découvrir ce mois-ci à la médiathèque, aux côtés de deux autres ouvrages du 18e siècle, dans le cadre de la rétrospective chronologique du livre imprimé.

Vous pourrez ainsi également admirer un ouvrage sur les arbres fruitiers datant de 1768 et un livre d'histoire naturelle sur les serpents, reptiles et quadrupèdes ovipares datant de 1788-1789. Et comme les autres mois, nous tournerons les pages chaque semaine !

À venir découvrir du 4 juillet au 3 septembre dans les vitrines situées à l'entrée de la Médiathèque Samuel Paty.

Point d'histoire

Au 18e siècle comme au siècle précédent, le domaine de l'imprimerie ne connait pas de grandes innovations techniques, qui sont davantage mises au point à l'extrême fin du siècle et exploitées au 19e siècle. Pour autant, le 18e siècle se manifeste comme un siècle d'opulence et de raffinement, en contraste avec un 17e siècle plus austère. Le goût pour l'édition de luxe est indéniable, d'autant plus que le 18e siècle voit naître la bibliophilie (c'est-à-dire la collection et l'étude des livres rares et précieux). La production du livre imprimé progresse toujours davantage. Le livre continue de se diversifier en formats, en genres et en sujets. Les livres de science accessibles, les ouvrages illustrés, de littérature romanesque ou encore de voyages connaissent un grand succès auprès d'un lectorat très curieux et toujours plus nombreux. Le 18e siècle se traduit en effet par un élargissement du lectorat, conséquence du développement de l'alphabétisation : à la veille de la Révolution, 35% des Français savent lire. Le 18e siècle est aussi le siècle des Lumières, marqué par l’émergence d’idées nouvelles dont la circulation et la confrontation sont permises par l'imprimerie. Le livre devient un vecteur de la philosophie des Lumières. L'attrait pour la connaissance que connaît ce siècle conduit à la publication de nombreux dictionnaires généralistes et spécialisés, dont la célébrissime Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et d'Alembert. Le livre sort également du seul cadre des bibliothèques privées : les bibliothèques et cabinets de lecture se développent, de même que les sociétés de lecture, les salons, les cafés et clubs littéraires. On aime lire chez soi, en groupe, mais également de plus en plus en promenade ou en voyage, d'où la démocratisation des petits formats bien plus pratiques à transporter, qui constituent des livres de poche avant l'heure.

Charles François Ribart. - Architecture singulière. L'éléphant triomphal. Grand Kiosque à la gloire du roi – Paris, Pierre Patte, 1758. – in-4.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote 27648

Charles François Ribart de Chamoust est un architecte et ingénieur français du 18e siècle né à Béziers dont on sait peu de chose, si ce n'est qu'il a été à l’origine d’un projet particulièrement original : la construction d’un gigantesque monument en forme d’éléphant.

A l'époque où Charles François Ribart conçoit son projet, la guerre de succession d'Autriche est terminée depuis quelques années et de nombreuses propositions concurrentes et très différentes émergent pour la construction d'un monument à la gloire de Louis XV. Le monument est destiné à être installé sur les Champs-Elysées, à l'emplacement actuel de l'Arc de Triomphe (qui n'existe pas encore à l’époque et dont la construction n'a commencé qu'en 1806).

L'éléphant imaginé par Ribart comporte trois niveaux et l'on y entre par un escalier en colimaçon placé dans le ventre de l'animal. Ribart propose d'y installer les appartements du Roi, des salons, des salles de réception et même un jardin intérieur, le tout équipé des dernières commodités et décoré dans un style rococo. Il prévoit que l'on puisse admirer la vue depuis le haut de l'éléphant. Le projet intègre même une fontaine dont l'eau jaillirait par la trompe de l'animal. Et bien sûr, le monument comprend une statue de Louis XV placée au sommet du pachyderme. L’artiste à l'origine des planches qui illustrent l'ouvrage n'est autre que Pierre Patte, l’éditeur qui est également architecte. Il réalise diverses gravures du monument : une vue en perspective avec les jardins environnants, des coupes, des plans, des élévations…

Le projet fait scandale, est vivement critiqué et ne voit jamais le jour. Le journaliste et polémiste Elie Fréron écrit à l'époque deux articles ridiculisant le monument et accuse Ribart d'avoir imité pour son projet une gravure d'éléphant que l'on retrouve dans Le Songe de Poliphile. Ribart meurt en 1807 divorcé et pauvre, sans avoir jamais connu le succès.

Quelques années plus tard, Napoléon s’inspire du projet de Ribart pour son projet de l’Eléphant de la Bastille. L'édifice dont la conception est confiée à Jean-Antoine Alavoine consiste en une fontaine monumentale surmontée d'une statue d'éléphant flanqué d'un howdah. Une maquette en plâtre du monument destiné à mesurer 16 mètres de long par 24 mètres de haut a trôné de 1813 à 1846 sur la place de la Bastille. Le projet est remis en cause à la chute du régime de Napoléon et est définitivement enterré après la Révolution de Juillet.

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Duhamel Du Monceau. - Traité des arbres fruitiers, contenant leur figure, leur description, leur culture – Paris, Saillant, 1768. – in- 4.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cotes 23434 et 23435

Henri Louis Duhamel du Monceau (1700-1782) est un physicien, botaniste et agronome français. De son vivant, il s’intéresse à une multitude de sujets : la physique, la chimie, la marine, la pêche, la botanique, l'agriculture, la sylviculture, la gestion des forêts… Il se passionne très tôt pour la botanique et est remarqué par l'Académie des sciences du fait de la qualité de ses travaux. Il se spécialise plus tard en sylviculture et écrit successivement un Traité des arbres (1755), des Eléments d'agriculture (1756), un Traité de la culture des terres (1756), puis ce Traité des arbres fruitiers en deux volumes en 1768, que nous exposons ici.

Cet ouvrage est remarquable tant par le travail théorique fondamental de Duhamel de Monceau que par la qualité des illustrations. Duhamel de Monceau a travaillé en collaboration avec l'abbé Le Berriays, un cultivateur qui réalise beaucoup d'expériences sur les arbres fruitiers. Près de 250 espèces de fruits sont décrites et plus de 180 sont illustrées. Chaque planche présente une espèce différente avec le dessin de la fleur, des feuilles, du fruit fermé et ouvert et des pépins. Les planches sont grandeur nature, réalisées d'après les dessins de Claude Aubriet, de Madeleine-Françoise Basseporte et de l'abbé Le Berriays, puis gravées par Catherine Haussard, Charles Milsan, Herisset… Duhamel de Monceau décrit 119 espèces de poires, 48 de prunes, 39 de pommes et 34 de cerises, sans oublier les raisins, les abricots, les framboises, les fraises, les mûres…

C'est le traité le plus complet écrit au 18e siècle sur le sujet. Duhamel de Monceau est reconnu aujourd'hui comme l'un des fondateurs de l'agronomie et de la sylviculture modernes.

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Comte Bernard-Germain de La Cépède. - Histoire naturelle des quadrupèdes ovipares et des serpens – Paris, Hôtel de Thou, 1788-1789. – in-4.
Médiathèque Samuel Paty, fonds ancien, cote 21539

Le comte de La Cépède, de son nom complet Bernard Germain Etienne de Laville-sur-Illon (1756-1825), est un zoologiste et homme politique français.

Au cours de sa carrière, il occupe plusieurs fonctions au Jardin du roi à Paris (aujourd'hui le Muséum national d'histoire naturelle) et au Jardin du roi à Versailles, ainsi qu'à l'Académie des sciences et de Rouen. Il est l’ami de Georges-Louis Leclerc de Buffon, qui l’encourage à étudier l’histoire naturelle. Il publie plusieurs essais et collabore à l’Histoire Naturelle de Buffon, qui n'est pas terminée du vivant de ce dernier. L’édition originale de l’Histoire Naturelle de Buffon comprend 36 volumes répartis en séries : Histoire de la Terre et de l’Homme, Quadrupèdes, Oiseaux, Minéraux, Suppléments. De son vivant, Buffon en fait éditer 35. D’autres volumes paraissent à titre posthume.

C'est ainsi que le comte de La Cépède se charge de continuer la partie de l’Histoire naturelle qui traite des animaux et tout particulièrement des reptiles. En 1788-1789, il fait paraître son Histoire naturelle des quadrupèdes ovipares et des serpens. Il s’agit du premier ouvrage d’envergure sur les amphibiens et les reptiles destiné à un large public. Mais les illustrations sont pour la plupart assez médiocres et le livre n’améliore pas la taxinomie (c'est-à-dire la classification) de ces animaux. En revanche, si d’autres travaux plus anciens sont supérieurs, l’ouvrage de La Cépède a le mérite de favoriser l’étude de ces animaux. Il poursuit ensuite en faisant publier entre 1798 et 1803 une Histoire naturelle des poissons (largement inspirée des notes des collections laissées par Philibert Commerson), puis en 1804 une Histoire des cétacés.

Ce sont là ses derniers écrits de zoologie. A partir de 1803-1804, il se consacre plus nettement à la politique, en tant que sénateur du Sénat conservateur, dont il assure la présidence à deux reprises.

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