La Bible de Souvigny est le joyau de la Médiathèque Samuel Paty.
Manuscrit médiéval exceptionnel par ses dimensions hors normes, sa composition, la qualité picturale de ses enluminures, son état de conservation, les ornements de sa reliure, c’est une œuvre prestigieuse de renommée internationale, et le fleuron des collections patrimoniales de la Médiathèque Samuel Paty.
Contenant 122 enluminures, parmi lesquelles 5 grandes compositions et 117 initiales historiées ou ornées, et autour de 3000 lettres ornées, filigranées ou champies1, elle constitue un témoignage fascinant de l’art roman de la fin du 12e siècle.
Dans le catalogue de la médiathèque, elle est enregistrée depuis le 19e siècle sous le titre Biblia sacra (Sainte Bible) et la cote MS-1. Le nom de Bible de Souvigny ne lui a été attribué qu’à partir des années 1830.
Au même titre qu’une partie importante du fonds ancien de la Médiathèque Samuel Paty, c’est un document appartenant à l’Etat, mis à la disposition de Moulins Communauté au sein de sa médiathèque classée.
Voir la notice et la numérisation de la Bible de Souvigny
Sommaire :
- Histoire
- Expositions
- Description Matérielle
- Reliure
- Texte
- Enluminures
- Consultation sur place
- Quelques références bibliographiques
Histoire
La Bible de Souvigny provient du prieuré bénédictin de Souvigny, commune située à douze kilomètres de Moulins, fortement liée à la dynastie des Bourbons. L’un des premiers sires de Bourbon fit en effet don de l’église de Souvigny à l’abbaye de Cluny, au 10e siècle. Devenu lieu de pèlerinage important de par la présence des sépultures des abbés de Cluny Mayeul et Odilon, le prieuré tiendra lieu de nécropole pour les seigneurs et ducs de Bourbon.
Un manuscrit du 12e siècle
Les origines du célèbre manuscrit ne sont pas documentées, et ne peuvent être reconstituées que par des hypothèses de recherche. Sa première mention vraisemblable figure dans l’Obituaire de l’abbaye de Souvigny2, ou Livre des anniversaires3, dans lequel apparaît une référence à « une très précieuse histoire contenant le nouveau et ancien testament »4. L’autre mention de la présence de notre bible à Souvigny avant la Révolution Française est due à deux religieux bénédictins qui la signalent dans la recension de leur voyage5, publié en 1717. Ils sont les premiers à mentionner l’étiquette qui était collée sur la reliure, faisant référence à un déplacement supposé de la Bible au Concile « de Bâle » (en réalité, l’étiquette indiquait Constance).
Les études d’histoire de l’art conduites au 19e siècle situent, dès la première moitié du siècle, la réalisation de la Bible de Souvigny et de sa reliure au 12e siècle. En revanche, différentes hypothèses s’opposent pendant deux siècles quant aux lieux présumés de la réalisation du texte et des enluminures.
Les derniers travaux de Patricia Stirnemann6 apportent un nouvel éclairage convaincant et nous invitent à envisager l’abbaye de Cluny comme lieu de la réalisation, sur commande de l’abbé Thibaud de Vermandois ; les enluminures seraient l’œuvre d’artistes qui l’auraient accompagné en Terre Sainte, ce qui expliquerait le style byzantin des peintures.
Un document appartenant à l’Etat
A la Révolution, au même titre que les autres livres des bibliothèques du clergé, la Bible de Souvigny fait l’objet d’une mise sous séquestre pour mise à disposition de la nation, en application du décret de l’Assemblée nationale du 2 novembre 1789 et de de l'article IX du titre III de la loi du 5 novembre 1790. Successivement entreposés, à Moulins, dans le collège des jésuites, la chapelle sainte Claire, une maison commune, les livres confisqués qui n’ont pas été vendus constituent le socle de la bibliothèque qui prend place en 1828 dans le nouvel Hôtel de Ville.
Dès 18167, la Bible de Souvigny avait été signalée comme faisant partie des collections de la bibliothèque publique de la Ville de Moulins.
En 1832, un échange de la Bible de Souvigny contre des livres modernes est envisagé entre la Ville de Moulins et la Bibliothèque Royale (aujourd’hui Bibliothèque nationale de France), afin de permettre à la commune de développer ses collections en « philosophie, littérature, voyages, histoire moderne »8. Il ne se fera pas.
Bénéficiant de l’essor des sociétés savantes et de la diffusion de leurs travaux, la renommée de la Bible de Souvigny croît tout au long du 19e siècle. Ainsi, en 1878, elle est présentée dans le cadre de l’Exposition de l’art ancien au Trocadéro9, à l’occasion de la troisième Exposition universelle de Paris.
Classement au titre des monuments historiques
La Bible de Souvigny est déplacée au Musée de Moulins (dans la Maison Mantin), où elle sera présentée au public de 1911 à 1956. Cette exposition permanente fait l’objet de plusieurs alertes et courriers des administrations centrales ; c’est dans ce contexte que la Bible de Souvigny fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques le 2 décembre 192710, fait rarissime pour les manuscrits des bibliothèques publiques.
Conservée depuis 1956 dans la réserve de la bibliothèque municipale devenue communautaire en 2010, elle a fait l’objet de plusieurs campagnes photographiques et d’une numérisation intégrale, reliure et plats compris, par la société Arkhênum en 2011.
Expositions
La Bible de Souvigny a été présentée au public à plusieurs reprises dans la Médiathèque Samuel Paty depuis 2013, date de la réouverture de l’établissement après complète restructuration.
S’il avait été exposé à Souvigny, Clermont-Ferrand, Cluny, Moulins et Paris en plusieurs occasions depuis la fin du 19e siècle, le manuscrit a été offert aux regards du public à l’étranger pour la première fois en 2023-2024, au sein du Louvre Abu Dhabi (Emirats Arabes Unis), dans le cadre de l’exposition Lettres de Lumière (Letters of Light).
En 1996, les ornements de la reliure avaient été déplacés à New-York (USA) pour une exposition du Metropolitan Museum dédiée aux émaux de Limoges.
Description matérielle
La Bible de Souvigny est un manuscrit de très grande taille : 58 cm de hauteur, 39,5 cm de largeur et 18 cm d’épaisseur (mesures document fermé). Son poids est de 32 kg. Elle comporte 392 feuillets soit 784 pages.
Le matériau des feuillets est le parchemin de peau de mouton. Compte tenu de la taille des feuillets, l’équivalent d’un troupeau de 200 moutons a dû être nécessaire pour la réalisation du manuscrit11.
Reliure
La Bible de Souvigny est dotée d’une reliure singulière. Constituée d’ais de bois recouverts de peau, elle se distingue dès le 19e siècle par l’originalité et la beauté de ses ornements métalliques12.
Les premières observations sur la reliure qui nous soient parvenues sont consignées par Auguste Ripoud, bibliothécaire, en 183213, qui convainc la mairie de la nécessité d’une restauration. Les analyses postérieures permettent de considérer que les ornements n’ont vraisemblablement pas été réalisés à l’origine pour la Bible, mais qu’ils seraient contemporains de celle-ci.
Une restauration de la reliure est conduite par les ateliers Desrosiers, à Moulins, en 1833. Un velours rouge est posé, sur lequel sont refixés les ornements détachés pour la restauration. Plusieurs plaquettes ne sont pas repositionnées, et l’une d’elles passera entre les mains de plusieurs collectionneurs (Moretti à Moulins, Figdor à Vienne, puis Van Hirsch). Lors de la vente de la collection Van Hirsch en 197814, une souscription publique organisée par la Ville de Moulins permet l’acquisition de cet ornement isolé, conservé depuis à la médiathèque. Il n’a pas été remonté sur la reliure.
A l’occasion d’une restauration effectuée par les ateliers de la Bibliothèque nationale de France en 1980, le choix est fait de désolidariser le manuscrit de sa reliure, afin de présenter les ornements sur une plaque, en conservant leur emplacement depuis la restauration de Desrosiers ; ce qui permet d’exposer le manuscrit ouvert tout en présentant ses remarquables ornements de reliure, ou d’exposer ceux-ci isolément comme ce fut le cas au Metropolitan Museum de New-York (USA) en 1996.
Texte
La Bible de Souvigny contient le texte en latin de l’Ancien et du Nouveau Testament, soit l’ensemble des livres de la bible selon la Vulgate, traduction de saint Jérôme au 4e siècle. On estime que le texte aurait été écrit par deux copistes, avec un changement au feuillet 118v., et que le travail réalisé aurait nécessité au moins un an et demi15.
Enluminures
Elément saillant du manuscrit, le programme d’enluminures de la Bible de Souvigny contribue fortement à sa notoriété depuis le 19e siècle. Les peintures sont en effet nombreuses, très bien conservées pour la plupart d’entre elles, et d’une qualité picturale exceptionnelle.
5 grandes compositions occupent toute la hauteur, ou presque, d’un feuillet et exposent un épisode biblique en plusieurs séquences :
Ancien Testament :
Nouveau Testament :

Folio 342v : L’Ascension (Livre des actes des apôtres)
113 lettres ornées ou historiées constituent des miniatures remarquables. Quelques exemples sont donnés ci-dessous, choisis parmi les épisodes bibliques les plus célèbres.
Lettres historiées
Ancien Testament :
Nouveau Testament :
Lettres ornées
Les lettres ornées sont souvent dotées de détails amusants ou intrigants mettant notamment en scène des dragons et autres animaux du bestiaire médiéval, à l’image de ce qui peut être rencontré dans d’autres manuscrits médiévaux enluminés. Ci-dessous, quelques exemples.
Ancien Testament :
Nouveau Testament :
3000 lettres filigranées ou champies
Plus de 3000 lettrines, en complément de celles qui sont historiées ou ornées, marquent le début des paragraphes. .
Elles sont soit filigranées, soit champies.
Consultation sur place
La Bible de Souvigny est une œuvre exceptionnelle qui nécessite un traitement particulier. Elle ne peut pas être consultée sur place ni faire l’objet de présentations à la demande d’usagers individuels ou de groupes (scolaires, associations…). Les sollicitations sont réorientées vers la consultation de la numérisation, dans le portail Patrimoines Moulins Communauté, Gallica ou par utilisation directe des fichiers numériques qui peuvent être transmis sur demande.
Quelques références bibliographiques :
BRÉHIER, Louis. La bible de Souvigny et la bible de Clermont. Bulletin de la Société d'émulation du Bourbonnais, 1910, pp. 240-255.
BEUGNOT, Catherine. La Bible de Souvigny : étude iconographique. 1 vol., 200 p. Master : sciences de l’éducation et de l’enseignement des religions : Dijon, Centre universitaire catholique de Bourgogne : 2012.
CAHN, Walter. The Souvigny bible : a study in romanesque manuscript illumination. 1 vol., 492 f. Thèse : histoire de l’art : New York University : 1967.
CAHN, Walter et STIRNEMANN, Patricia. La Bible de Souvigny : [catalogue d’exposition, Souvigny, musée municipal, 20 juillet-15 août 2007]. Souvigny : Ville de Souvigny, 2007. 1 vol. 72 p. P. 21
FANJOUX, Georges. Essai paléographique et archéologique sur la bible de Souvigni. Bulletin de la société d'Emulation du département de l'Allier : sciences, arts et belles-lettres, 1850, pp. 353-370.
GAUTHIER, Marie-Madeleine. Un style et ses lieux : les ornements métalliques de la bible de Souvigny. Revue Gesta, 1981, XX/1, pp. 141-153.
PORCHER, Jean. La Bible de Souvigny. Paris : La Revue française, 1962. 10 p.
RIPOUD, Auguste. Notice sur la bible latine manuscrite provenant de l’abbaye des Bénédictins de Souvigny et appartenant à la bibliothèque de la ville de Moulins. Annuaire de l’Allier, 1840, pp. 78-118.
STIRNEMANN, Patricia. Nouveau regard sur la bible de Souvigny. Moulins : Ville de Moulins, 1999. 1 vol., 56 p.
STIRNEMANN, Patricia. La Bible de Souvigny et le Saint-Sépulcre. In : BARBARIN, Michel (dir.). Souvigny, trésors d'un prieuré clunisien, Souvigny : Mairie de Souvigny, 2024. 1 vol., 320 p. Pp. 86-92.
Notes de bas de page































