Blaise de Vigenère, né en 1523 à Saint-Pourçain-sur-Sioule, est un écrivain et traducteur représentatif de l’époque de la Renaissance qui a assisté, à sa place modeste de secrétaire, à la vie politique de la monarchie.
Les Vigenère, notables de Saint-Pourçain-sur-Sioule, ont pour beaucoup travaillé à la fois dans les administrations bourbonnaise et royale, comme officiers de justice et de finances. À la naissance de Blaise de Vigenère, Saint-Pourçain relevait du duché d’Auvergne qui dépendait alors du roi de France et non de l’État Bourbonnais. À la fin de sa carrière surtout, Blaise de Vigenère mentionne cette appartenance sur la page de titre de ses livres « Blaise de Vigenère Bourbonnais », ce qui n’est pas rare à l’époque.
Très tôt, Vigenère a travaillé dans l’administration royale comme secrétaire de grands personnages – c’est-à-dire comme un homme de confiance chargé d’écrire, de transporter ou de dire les messages, de mener des missions délicates, d’acheter des œuvres d’art, et même parfois d’espionner. On trouve trace de cela dans ses œuvres, où il rapporte discrètement quelques anecdotes significatives. Sous François Ier, il entre au service de Gilbert Bayard, financier auvergnat devenu un rouage essentiel du gouvernement royal et brutalement disgracié. Puis il est envoyé aux côtés de l’ambassadeur du roi auprès de l’empereur Charles-Quint. Il espionne la guerre que se mènent Charles-Quint et les princes allemands (les princes de la Ligue de Smalkalde) au profit du roi de France et évoque très précisément la bataille d’Ingolstadt dans son œuvre.
Il entre au service du duc de Nevers François de Clèves, et probablement aussi d’autres personnages (les cardinaux de Tournon et de Lorraine). Sans doute grâce au cardinal de Tournon, il voyage à Rome où il rencontre Michel-Ange et un milieu artistique brillant qui laisse une trace durable : il s’occupe des commandes artistiques de l’aristocratie.
Alors qu’éclatent les guerres de religion, plusieurs camps se constituent : les partisans de la Réforme, dits « huguenots », qui ont rompu avec le catholicisme d’une part, et d’autre part les partisans de la tradition catholique ; ces derniers se partagent entre les tenants de l’intransigeance et les tenants du compromis. Le conflit devient aussi politique que religieux : des partisans de la royauté qui défendent surtout l’unité du royaume (catholiques et protestants) s’opposent à des mécontents qui défendent un idéal supérieur ou une autre conception politique (protestants, mais aussi parfois catholiques).
Vigenère prend le parti du catholicisme et de la monarchie, d’abord comme homme d’action, puis comme homme de lettres. Au début des guerres de religion, il participe à la reprise en main de la ville de Troyes, lorsqu’elle manque de basculer dans la Réforme. En 1566, il est envoyé à Rome comme secrétaire pour assister l’ambassadeur du roi de France auprès du pape.
Lorsqu’il revient d’Italie en 1569, Vigenère est nanti d’un patrimoine assez confortable : on sait qu’il est le dernier héritier masculin de sa famille. Il se retire de sa carrière active de secrétaire, et entame alors une seconde carrière d’écrivain.
Car Vigenère est aussi un savant humaniste qui maîtrisait plusieurs langues (en les ayant apprises sans doute par lui-même) et s’intéressait à des domaines très variés du savoir à une époque où on ne séparait pas science et littérature : histoire, poésie, arts, techniques, sciences naturelles, alchimie, astronomie, théologie, kabbale. Cette œuvre est extrêmement importante et le rythme de publication effréné de Vigenère ne ralentit (provisoirement) qu’en 1579-1582, lorsque Vigenère tombe malade (de surmenage, burn out ?). Par ses œuvres, Vigenère garde un rôle politique, quoique bien moindre. Il se montre alors comme une sorte d’ « éminence grise » du duc de Nevers, Louis de Gonzague, prince d’origine italienne, savant, catholique sans concession, mais aussi grand mécène des lettres, des arts et des techniques.
Vigenère est un savant reconnu à la cour de Henri III qui règne de 1574 à 1589. Il est à la fois discret et attentif à l’actualité. Dans les Décades de Tite-Live, ouvrage d’humaniste érudit qui cherche à comprendre le passé, il ne perd pas de vue l’utilité de son travail pour ses contemporains.
Il meurt en 1596 à Paris et est enterré dans l’église Saint-Etienne du Mont à Paris (5e). Il laisse une fille. Plusieurs de ses œuvres sont éditées ou rééditées à titre posthume.
Texte de Paul-Victor Desarbres (extrait de l'exposition Secrets de la Renaissance).
En cliquant sur le lien ci-dessous, vous accédez à l’ensemble de la sélection. Vous pouvez ensuite filtrer les documents à l’aide des différentes facettes proposées (type, date, sujet, lieu, etc.) afin d’affiner votre recherche.
Voir la liste de tous les documents numérisés
