Tout au long de la Renaissance puis au cours des 17e et 18e siècles, les châteaux sont réaménagés pour devenir des lieux de plaisance. Ils forment aujourd'hui un marqueur fort de l’identité du territoire.
Les belles demeures de l'époque moderne
Tout au long de la Renaissance puis au cours des 17e et 18e siècles, les châteaux sont réaménagés pour devenir des lieux de plaisance. Les fortifications disparaissent et les pavillons d’angle se substituent aux tours d’enceinte. En général, les douves subsistent et l'on continue à trouver des pigeonniers. Les communs qui viennent clôturer les cours rappellent les anciennes basses-cours et murs d’enceinte, comme aux châteaux de Pomay et d’Orvalet à Lusigny, à Mirebeau à Trévol ou au château du Fresne à Neuilly-le-Réal. L’un des plus imposant est sans doute celui d’Avrilly à Trévol, dont il subsiste les douves et le pavillon d’entrée du 15e siècle. Il a été beaucoup remanié au 17e siècle puis au 19e siècle. Le nombre important d’officiers du roi présents à Moulins, capitale de la généralité, conduit à la construction de multiples gentilhommières telles celles de Demoux à Trévol, de Magny à La Chapelle-aux-Chasses, des Guilleminots à Marigny ou du château des Chaulets à Souvigny construit à la fin du 18e siècle. On remarque l’architecture harmonieuse de l’édifice, avec ses proportions équilibrées, son avant-corps central et l’utilisation du grès en décoration. Les demeures de Montgazon à Marigny, des Positeaux à Paray-le-Frésil ou du Pavillon à Lusigny sont plus modestes.
L’édifice souligne la fonction sociale du commanditaire, mais on y recherche aussi le confort et l’intimité. En 1623, Pierre Le Muet développe l’idée de normes hiérarchiques dans son traité La Manière de bastir, pour toute sorte de personne et l’abbé Laugier, au siècle suivant, insiste sur le fait que " pour les maisons de particuliers, la bienséance veut que leur décoration soit proportionnée au rang et à la fortune des personnes ". Certaines demeures se caractérisent ainsi par leur aspect imposant comme le château de Lévis à Lurcy-Lévis construit en 1655 pour la famille Lévis qui obtient la création du duché de Lévis en 1723. On peut aussi mentionner le château de Saint-Augustin à Château-sur-Allier, propriété de la famille Cadier de Veauce qui fait reconstruire le château en 1730, celui de Seganges à Avermes avec sa façade Renaissance où a séjourné durant quinze mois Anne de Bretagne en 1494-1495, celui de Dornes construit en 1547 par Florimond Fouet de Dornes de style Renaissance avec sa loggia de trois arcades ou celui de la Cour-en-Chapeau à Chapeau réaménagé au 16e siècle. Le château du Riau à Villeneuve-sur-Allier, transformé au 15e siècle en une luxueuse demeure par Nicolas Popillon, grand argentier du duc Jean II de Bourbon, puis réaménagé aux 17e et 18e siècles, témoigne du prestige des sites médiévaux. L’origine sociale des commanditaires évolue tout au long des 17e et 18e siècles, l’ancienne noblesse cédant progressivement sa place aux officiers, à la bourgeoisie enrichie, aux fermiers généraux qui rachètent progressivement les domaines. C’est ainsi que Gilbert Tortel, marchand fermier au château de la Presle à Coulandon et aux Melays à Neuvy, fils d’un " bourgeois de Bressolles ", achète le domaine des Melays en 1772 et prend le nom de Tortel des Melays.
Le château est le centre d’un domaine rural. À la fin de l’été et au début de l’automne, les propriétaires y séjournent pour surveiller les travaux des champs, chasser et poursuivre, entre châtelains d’un même voisinage, les sociabilités urbaines. C’est le cas du château de Charnes à Marigny, des Girodeaux à Chemilly, de Patry à Neuvy, de la Chassagne à Coulandon. À ces demeures sont associés, outre la chapelle, de vastes granges-étables et des pigeonniers. Le manoir de Chevray construit au 17e siècle à Chézy servait de rendez-vous de chasse à la famille Feydeau.
La plupart de ces édifices sont construits en briques rouges et noires qui forment des décors variés, associées à la pierre calcaire ou au grès dans les chaînages d’angle, les encadrements ou les soubassements. Les châteaux de Pomay à Lusigny, des Prots à Saint-Ennemond, des Louteaux à Chézy, de Paray à Paray-le-Frésil, le pavillon de Montchenin à Chevagnes, le château de Paray à Bessay-sur-Allier, de Bagueux et de Panloup à Yzeure, de La Fin à Thiel-sur-Acolin, du Fresne et de l’Ecluse à Neuilly-le-Réal et bien d’autres, sont caractéristiques des constructions bourbonnaises de l’époque moderne et se concentrent en Sologne bourbonnaise, terre extrêmement argileuse. On retrouve ces briques au niveau des corniches.
Ainsi, les châteaux et grandes demeures de l’époque médiévale, réaménagés au fil des siècles, se concentrent sur la rive gauche de l’Allier tandis que les nouvelles constructions en briques, avant tout lieux de plaisance et de détente, se retrouvent sur la rive droite dont on commence à exploiter les terres. La présence importante de forêts en fait aussi un secteur idéal pour la chasse.
