Le territoire du Pays d'art et d'histoire est marqué par les changements politiques, économiques et sociaux qui s'opèrent tout au long du 19e siècle.
Une période de transformations
Les régimes politiques qui se succèdent au 19e siècle, jusqu’à l’avènement de la Troisième République (1870-1940), impactent finalement assez peu le Bourbonnais. Quelques agitations à Moulins en 1815 sont à signaler, mettant aux prises bonapartistes et royalistes et le printemps 1817 est troublé dans certains cantons, notamment ceux de Souvigny, Bourbon-l’Archambault et Lurcy-Lévis. Cette « insurrection de la faim » a été causée par une disette importante et a été suivie d’arrestations et de condamnations.
La famille de Tracy, implantée à Paray-le-Frésil en Sologne bourbonnaise, donne à l’Allier plusieurs représentants politiques de renom. Antoine Destutt de Tracy représente la noblesse bourbonnaise aux États généraux de 1789 avant d’être l’un des premiers de son ordre à se rallier au tiers-état. Il exerce différentes fonctions politiques puis est nommé membre de l’Instruction publique en 1799, sénateur durant le Consulat et le Premier Empire. Bien que chef des « idéologistes » méprisés par Napoléon Ier, ce dernier le nomme comte d’Empire en 1808. Il entre à la Chambre des pairs en 1814. Son idéologie, fondée sur le rationalisme, a eu une véritable influence sur les philosophes et économistes du 19e siècle ainsi que sur son fils, Victor Destutt de Tracy, député de l’Allier sous tous les régimes politiques du 19e siècle, jusqu’à l’avènement du Second Empire. Ce dernier lutte pour l’abolition de l’esclavage, contre l’hérédité de la pairie (dignité de membre de la haute assemblée législative entre 1814 et 1848) ou encore contre la conquête de l’Algérie. À la mort de son père, il hérite du domaine familial à Paray-le-Frésil et mène un travail essentiel d’irrigation et d’assèchement des terres ingrates de la Sologne bourbonnaise.
La Sologne bourbonnaise délimitée à l'est par le passage de la Loire voit également son environnement modifié par la création du canal latéral à la Loire reliant Digoin (Saône-et-Loire) à Briare (Loiret) entre 1822 et 1838. Le canal connaît un trafic commercial important tout au long du 19ᵉ siècle et de la première moitié du 20ᵉ siècle avant de décliner brutalement après la Seconde Guerre mondiale. S’il est aujourd’hui davantage utilisé pour le tourisme fluvial, plusieurs édifices patrimoniaux jalonnent encore son tracé sur le territoire du Pays d'art et d'histoire dans les communes de Garnat-sur-Engièvre, Saint-Martin-des-Lais, Paray-le-Frésil et Gannay-sur-Loire.
Le premier journal politique bourbonnais est publié en 1829 (La Gazette constitutionnelle de l’Allier) et, sous la Monarchie de Juillet, chaque courant a sa presse. Durant la Seconde République (1848-1851), le Bourbonnais Charles-Gilbert Tourret devient ministre de l’agriculture et du commerce après avoir été préfet de l’Allier. Son nom a été donné au lycée agricole de Moulins-Neuvy. Une violente insurrection a lieu en 1851, à l’appel des notables républicains pour la défense de la Constitution qui s’est suivie d’une violente répression avec 852 arrestations. Le premier lycée de France ouvre à Moulins en 1803 et la première École Normale en 1833. Dès le Second Empire, les écoles s’ouvrent et les premières protections sociales s’esquissent.
La création du diocèse de Moulins
L’un des faits essentiels durant la Restauration est le rétablissement du diocèse de Moulins. L’évêque Laurent, contraint à la démission en 1793, n’avait pas eu de successeur. En 1818, le gouvernement de Louis XVIII nomme Monseigneur de Pons et érige l’Allier en diocèse indépendant. Cependant, l’installation du nouvel évêque n’a lieu qu’en 1823. Tout comme son successeur, Monseigneur de Dreux-Brézé, il est un légitimiste déclaré et cherche l’appui de grands propriétaires terriens qui regrettaient eux aussi la monarchie légitime. Cela conduit à un anticléricalisme latent dans les campagnes bourbonnaises, caractérisé plus par sa méfiance que par sa virulence. Cette situation est à replacer au sein du phénomène du métayage, ancien et particulièrement ancré en Bourbonnais. La lutte ouverte de Monseigneur de Dreux-Brézé envers le régime de Louis-Napoléon Bonaparte est bien connue. Il est un des deux seuls prélats de France ayant fait publier dans son diocèse, malgré l’interdiction gouvernementale, l’encyclique (lettre du pape adressée à l'ensemble de l'Église) Quanta Cura (Avec quel soin) du pape Pie IX.

Le rétablissement du diocèse conduit à l’agrandissement de l’ancienne collégiale de Moulins, devenue cathédrale. Sous le Second Empire, Jean-Baptiste Lassus édifie l’église du Sacré-Cœur à Moulins et de nombreuses églises sont démolies sur le territoire pour être remplacées par des édifices néo-romans ou néo-gothiques construits par des architectes en vogue de l’époque tels que les Moreau père et fils, Louis Esmonnot, Emile Dadole ou Michel Mitton. Ces mêmes architectes construisent ou réhabilitent dans le même temps quantité de belles demeures et châteaux, entourés de vastes parcs et jardins. L’épiscopat de Monseigneur de Dreux-Brézé, entre 1849 et 1893, a été essentiel aussi bien sur le plan religieux que social. Il offre ainsi sa première messe dans le diocèse aux ouvriers de l’Allier et participe à la création d’écoles et pensionnats.

Le temps du renouveau et de la modernisation
Avec le Second Empire, les industries minières et métallurgiques entament leur véritable essor. L’ouest du département de l’Allier, plus que le territoire du Pays d’art et d’histoire de Moulins Communauté, est marqué socialement et d'un point de vue patrimonial par l’industrialisation. Il faut toutefois mentionner l’importance de la verrerie de Souvigny qui profitait des mines de charbon de la vallée de la Queune et des sables de l’Allier et employait encore 200 personnes en 1975, ainsi que le bassin industriel de Lurcy-Lévis. L’industrie de la céramique s’est développée au 19e siècle dans la région de Lurcy-Lévis : sous l’impulsion du marquis de Sinéty qui ouvrit une porcelainerie dans son château de Lévis, par la suite transférée à Couleuvre ; 150 personnes travaillaient à l’usine Baudin à Lurcy-Lévis au 19e siècle pour y fabriquer des sabots exportés dans le monde entier ; une usine de placage de meubles était également installée dans la commune qui comptait jusqu’à 4000 habitants à la fin du 19e et au début du 20e siècle.
L’avènement de la Troisième République confirme la déroute politique du Conservatisme bourbonnais qui perd ses représentants au niveau national. C’est alors du bassin industriel de Montluçon et Commentry que sont issus les nouveaux représentants, notamment Christophe Thivrier, ouvrier élu premier maire socialiste ainsi que député socialiste de l’Allier. L’essor économique se dessine à partir de la seconde moitié du siècle avec le premier réseau routier départemental, le télégraphe et les débuts du chemin de fer qui supplante progressivement la navigation fluviale sur l’Allier et provoque le déclin des canaux. Encore active jusqu’au milieu du 19e siècle, la corporation des mariniers disparaît à partir des années 1880. À partir de 1884, le réseau principal est complété par le réseau de « chemin de fer économique » avec notamment la ligne Moulins / Cosne-d’Allier.
L’agriculture se modernise progressivement sous l’impulsion de grands propriétaires tels que les familles Tracy, Rambourg ou de Vaulx. De gros travaux d’amélioration des terres sont entrepris en Sologne, la race charolaise prend la tête des troupeaux bovins, les cultures du blé, de l’avoine, de la pomme de terre, des betteraves fourragères, de la vigne qui n’échappe pas à la crise du phylloxera au 19e siècle, s’étendent et remplacent celle du seigle. À Moulins, se développent les concours agricoles, les foires, les marchés, auxquels participent les paysans des environs. En 1820, la Société de l’Agriculture est reconstituée après avoir disparu durant la période révolutionnaire. Ces améliorations ont de nettes répercussions sur la situation sociale des paysans bourbonnais encore très soumis à la dépendance des grands propriétaires fonciers et surtout des fermiers généraux. Le premier syndicat paysan est fondé à Bourbon-l’Archambault en 1905. Le Bourbonnais est un territoire également marqué par l’élevage et l’entraînement des chevaux dont témoigne la création du premier hippodrome de Moulins en 1850 et l’arrivée d’entraîneurs anglais qui s’implantent notamment à Bagneux, au haras de Ray créé par le vicomte d’Harcourt.
Le Bourbonnais connaît, au 19e siècle, un renouvellement intellectuel qui marque le début de l’attachement sentimental à ce territoire, entretenu par les sociétés savantes et les associations de bourbonnais expatriés. Cette renaissance littéraire est liée, avec un décalage de quelques années, au mouvement romantique. Les principaux protagonistes en sont Achille Allier et l’imprimeur Desrosiers, tous deux à l’origine de la publication de L’Ancien Bourbonnais (parution en 1833 et 1837), ainsi qu’Émile Guillaumin qui publie La Vie d’un simple (1904), fresque sociale sur le monde paysan, ou encore le poète et romancier Charles-Louis Philippe.
